AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  
REGLEMENT // DEMANDES DE RP(S) // UNIVERS // GROUPES // MODERATION // PARTENARIATS        
Bienvenue sur Gear ;

« Il y a bien longtemps avant même que les gens n'habitent dans le ciel. Une guerre terrible éclata entre les hommes et une Déesse malfaisante.
Après des combats sanglants, nos ancêtres aidés de Dieu scellèrent le pouvoir de cette Calamité. Puis quittèrent la terre souillée et stérile pour construire leur avenir dans le Ciel. » www
; staff


votezvotezvotezvotez


 :: Caelum :: Falias :: Forêt Maheo

{ Le commerce est l’école de la tromperie [Ft. Selden]
Thæ ;
21/3/2018, 20:12

avatar





Les raisons du commerce sont toujours les plus fortes. Selden & Thæ
Ils avançaient silencieusement à travers les bois, leurs pas crissant sur la neige récemment durcie. Il était temps pour Thæ d’enseigner à son nouvel « allié »  – même si elle n’osait l’appeler ainsi en son for intérieur – les méthodes de production de la fourrure, puisque leur accord au sujet de ce commerce était maintenant conclu. Il s’agissait maintenant pour la jeune femme de s’accorder avec Selden Vestrit, le rusé marchand qui avait proposé à Falias une offre de choix, sur les derniers détails de leurs transactions. Les transports de toute manière rares à cause des intempéries et des fréquentes chutes de neige, le pauvre commerçant se devait bien de jeter un coup d’œil à la production des fourrures qui allaient peut-être participer à sa fortune, et, par-là, à celle de Falias.

Malgré la signature du contrat, sous l’œil assuré de Deyris, la chevalière se sentait absolument incapable d’accorder sa confiance au marchand. Premièrement, parce sa profession obligeait à se méfier de lui, et, deuxièmement, parce que sa réputation le précédait. Et avec un curriculum vitae comme le sien, on ne se fait généralement pas d’ami – au mieux, des alliés. Thæ se demandait encore si elle avait fait le bon choix en acceptant le marché avec son hôte. Deyris avait paru satisfaite, mais la jeune femme avait parfaitement conscience qu’il y avait indéniablement baleine sous caillou. Et elle n’appréciait pas être dans le flou, et encore moins être trompée.

Pour Falias comme Vestrit, ce marché semblait une aubaine, assurant les deux parties d’un profit rapide et durable. Néanmoins, Thæ devait se faire violence pour ne pas suivre elle-même les faits et gestes du marchand, ses informateurs étant visiblement incapables de mener à bien cette simple mission. Sauf qu’il aurait pu utiliser ce simple agissement pour faire vaciller le contrat, et Falias avec. Elle se devait d’oublier ses pensées pour le bien de la région. Et s’en mordait les doigts.

Elle jeta un regard en biais au marchand, qui masquait beaucoup trop bien ses intentions aux yeux de la chevalière, qui aurait bien voulu lui faire ravaler son arrogance, mais cela aurait été mal venu, puisqu’elle était présente en tant que représentante de Falias et de sa dirigeante. Elle reporta son attention sur le chemin de terre. Les élevages étaient situés en dehors de la ville de Sedna, dans le bois de Maheo. Les seules espèces potentiellement intéressantes pour ce commerce que nous devions chasser étaient les ours et les lynx – Falias avait également des loups domestiqués.

Thæ s’éclaircit la voix :

— Monsieur Vestrit, que savez-vous de la conservation des fourrures, au juste ? Avez-vous étudié la question au préalable ?

Elle se doutait de la réponse de son interlocuteur, mais ne manquerai pas de lui faire une piqûre de rappel.

Ils arrivèrent devant un grand bâtiment de pierre, situé au beau milieu de rien. Des éclats de voix provenait de l’intérieur, la grande porte de bois étant entrouverte pour laisser entrer l’air frais. A l’extérieur, derrière une clôture, des chairs animales étaient suspendues, salées et tendues sur des cadres. Le reste de l’opération se réalisait à l’intérieur. Ouvrant en grand la porte, La chevalière fit signe au marchand de la suivre.

Une fois à l’intérieur, elle salua chaleureusement les fourreurs. La fourrure noire de sa cape venait d’ici, comme celle de tous les gardes et les habitants de Falias. Il y avait d’autres ateliers de tannage, bien sûr, et il faudrait sûrement envisager d’en mettre en place de nouveaux, mais celui-ci était de loin le plus imposant. Les fabriques de vêtements, quant à elles, étaient pour la plupart en ville, mais ce n’était que la fin de la chaine de production.

Les ouvriers textiles interrompirent leur travail pour venir saluer la petite troupe que formaient Thæ, Selden Vestrit et deux gardes – par mesure de sécurité.

— Le bâtiment s’organise en plusieurs étages, ici, dans les courants d’air, s’effectue le décharnage des restes de chair sur le cuir, et dans la salle au fond, le trempage de la peau, puis le dégraissage. Au premier étage, c’est le tannage et sa préparation, avec la procédure de pickelage, puis le tannage de la peau à proprement parler. Elle marqua une pause, laissant le marchand enregistrer et analyser les informations qu’elle lui donnait à mesure qu’ils avançaient dans l’atelier, avant de continuer : le tannage se fait de manière naturelle, avec un  mélange de graisses animales et d’huiles issues de plantes et d’arbres de la forêt.

Elle le guida jusqu’à l’étage suivant.

— L’étape suivante prépare la couture des peaux. C’est à l’étage au-dessus. Il est ouvert la majeure partie du temps mais peut s’isoler en cas de trop grande humidité, pour préserver la qualité des peaux. D’abord, les peaux sont raccommodées en cas de défauts, puis l’on applique de la graisse pour les assouplir et pour pouvoir les conserver plus longtemps. Avant qu’elle ne sèche, on l’assouplit et on l’étire, avant de la laisser sécher.

Ils arrivèrent au troisième étage. Le toit ouvert en grandes fenêtres laissait passer un vent mordant. Thæ resserra sa cape contre son corps.

— Si vous voulez vous arrêter sur un détail en particulier dans cet atelier, c’est le moment, s’enquit-elle auprès du marchand, qu’elle ne laissait pas en paix avec ses explications. Le reste se fait dans une dépendance, et la confection en ville, il nous faudra donc redescendre et sortir.

Elle attendit la réponse du marchand. Du peu qu’elle connaissait déjà de lui, la chevalière s’attendait à devoir répondre à de multiples questions, et à entendre, certainement, des conseils qu’il jugerait avisé. La jeune femme soupira intérieurement – il était parfois beaucoup plus facile d’obtenir des réponses par les armes, et elle en mourrait d’envie. Aussi, elle se contenta de toiser le blondinet prétentieux avec hauteur, attendant ses réflexions.

©️ Justayne




En politique le choix est rarement entre le bien et le mal, mais entre le pire et le moindre mal.
ϟ Machiavel
Selden ;
24/3/2018, 19:17

avatar



Deyris Keruto n'avait pas trouvé grand chose à redire lors de la signature du contrat. Cela avait réduit l'acte à une simple formalité. Pourtant Thae Helvall avait peu ou prou affirmé le contraire lors des négociations. Avait-ce été une stratégie visant à réfréner les ardeurs du marchand ? Si tel était le cas, il s'agissait d'un échec. Selden avait obtenu tout ce qu'il désirait, et même plus encore.
    S'il avait été par la suite surveillé, il n'en avait rien vu, ce qui pouvait signifier deux choses : soit les espions de Falias étaient très doués, soit la surveillance attendue n'avait pas été mise en place. Si cette dernière ne l'était effectivement pas, ce pouvait être un bon signe. Comme un mauvais d'ailleurs, qui cacherait alors encore autre chose. Un piège tendu en attendant que Selden perde sa vigilance ? Mais le marchand n'était pas assez idiot pour relâcher son attention. Et il comptait bien la maintenir au plus haut niveau pendant les mois à venir.
    Ses petites paires d'yeux et d'oreilles seraient bien utiles pour ce faire. Elles se montraient déjà très efficace, l'argent y étant certainement pour beaucoup. Mais ces sommes n'étaient rien que broutilles pour le riche homme du Nord. C'était payer bien peu, mais cela suffisait. Ses espions étaient d'une discrétion à toute épreuve, fondus dans la masse, et prompts à venir rapporter la moindre bribe d'information.
    Restait la chevalière. Elle garderait en permanence un œil sur toutes les transactions qui auraient lieu. Il faudrait trouver une solution à ce problème, mais Selden en aurait tout le loisir dans les semaines à venir.

    Rassuré, et soulagé d'avoir enfin apposé sa signature au bas du contrat, c'est armé d'une excellente humeur qu'il avait retrouvé Thae Helvall pour la visite des sites de productions des fourrures. Ils avaient du quitter la ville à pied pour s'y rendre. Selden avait senti la tannerie bien avant de l'apercevoir. L'odeur y était épouvantable, comme dans toutes les tanneries de l'île, et il n'avait d'autre choix que de faire avec, et ce pour un bon bout de temps.
    Car il voulait à tout prix prendre son temps. La bonne humeur qu'il afficherait durant toute cette journée n'était pas anodine. Couplée à une lenteur calculée, elle avait pour but d'irriter, ou tout au moins de tenter d'irriter, la chevalière. Il voulait voir jusqu'où sa patience pourrait tenir pour ainsi savoir encore un peu plus à qui il avait à faire. Et puis il voulait aussi en profiter pour s'amuser un peu. C'était en quelque sorte une petite revanche après les petites difficultés qu'elle avait suscité quelques jours plus tôt, lors des négociations.
    Alors que l'odeur terrible se faisait de plus en plus forte, il aperçurent enfin la bâtisse de pierre. La jeune femme entra alors dans le vif du sujet, interrogeant celui qui était devenu son associé à propos de l'industrie qui les avait réunis.
    - Je me suis bien évidemment renseigné autant que possible à propos de tout ce qui touche à la tannerie. Je ne suis pas du genre à me lancer dans une affaire sans en apprendre un maximum à son sujet auparavant, comme vous vous en doutez certainement. Mais j'imagine que rien ne vaut un examen minutieux directement sur le site de production. J'espère bien apprendre quelques nouveaux éléments en entrant ici.

    Selden n'avait pas pensé que l'air pourrait empester plus encore une fois à l'intérieur de la tannerie. Il parvint de justesse à réfréner un haut le cœur et pénétrant dans le bâtiment.
    Il y suivit de près la chevalière, qui prit en ce lieu le rôle de guide. Il écouta avec attention toutes les explications qui se succédèrent au fil des étages, au fil des étapes de transformation, se contentant d'opiner du chef à chaque nouvelle leçon.
    Avant de redescendre, la chevalière laissa à Selden la possibilité de poser les questions qui lui seraient venues. Affichant un large sourire, il dit :
    - Toutes vos explications sont on ne peut plus claires et complètes. Je vais donc me contenter d'examiner plus précisément chaque étage en redescendant. Je tiens à n'omettre aucun détail, et, si tout me semble parfait ici, je préfères m'en assurer pour m'éviter de mauvaises surprises par la suite.
    Et de mettre en œuvre toute la méticulosité dont il était capable alors qu'ils redescendaient vers la sortie de la tannerie. Et il n'omit effectivement aucun détail, observant les moindres recoins de chacune des pièces qu'ils traversaient à nouveau.
    Il leur fallut bien une heure avant de trouver l'air libre, quoique encore emplit de cette horrible et persistante odeur.

    - Tout me semble parfait ! Allons donc visiter cette dépendance, il me tarde de la découvrir !
    Et d'afficher encore une fois un sourire rayonnant, presque provocant tant il pouvait paraître surjoué. Décidément, cette journée suscitait chez le marchand une euphorie rarement ressentie...
En ligne
Thæ ;
26/3/2018, 23:46

avatar





Les raisons du commerce sont toujours les plus fortes. Selden & Thæ La bonne humeur du marchand étonnait Thæ. Cette dernière avait l’impression de guider un enfant lors d’une sortie pédagogique. Alors que l’odeur atroce de la tannerie aurait dû le faire fuir dès les premiers instants, il prenait un malin plaisir à examiner la fabrique sous tous ses angles. D’après lui, il s’était suffisamment renseigné au préalable pour comprendre le système de fabrication de la fourrure sans trop d’explications de la part de son hôte, mais n’était pas contre quelques piqûres de rappel.

Néanmoins, la jeune femme ricana intérieurement lorsqu’elle vit l’attitude de son nouvel associé changer à leur entrée dans la tannerie. Se passant de question jusqu’à leur arrivée sur le toit, elle l’écouta avec une attention qu’elle ne lui connaissait pas. Depuis leur rencontre, il lui avait semblé être un monsieur je-sais-tout qui sautait sur la moindre occasion pour se mettre en valeur, et elle appréciait à sa juste valeur son silence. Néanmoins, la chevalière avait appris à toujours se méfier de l’ours qui dort.

Lorsqu’ils arrivèrent à l’extérieur, le marchand comme la jeune femme apprécièrent leur sortie. Même si Thæ avait fini par s’habituer à l’odeur épouvantable de la tannerie, rien ne faisait plus de bien qu’une bouffée d’air frais après une telle visite, d’autant plus qu’elle l’avait volontairement fait trainé en longueurs. Finalements, tous les deux étaient frustrés d’une façon ou d’une autre par leur précédente négociation, et se vengeait à leur façon.

C’est d’ailleurs certainement dans ce but que malgré l’environnement nauséabond que le blondinet parvenait à lui sourire avec une provocation en partie dissimulée. L’envie de lui planter son épée dans le pieds ne faisait qu’augmenter au fil des heures. Finalement, même si son devoir lui intimait de garder un oeil ferme sur le marchand, son esprit ne rêvait que d’une chose : l’expédier à bord du premier train loin de Falias. Cependant, malgré un for intérieur sanguinaire et belliqueux, elle parvenait à maintenir une patience à toute épreuve. Et ce depuis qu’elle s’était retrouvée confrontée à la glace de Sedna, et ainsi, aux réalités de la vie, dans cette région hostile.

La chevalière garda un visage de marbre, ne daignant même pas sourire au jeune homme, avec le désir de lui montrer qu’elle non plus, ne se laisserait pas faire, et qu’il ne lui décrocherait certainement pas un sourire, à moins qu’il ne soit dédaigneux - or ceci était impossible puisque cela nuirait aux affaires de Falias.

Elle tendit une main vers la dépendance, située une dizaine de mètres devant eux.

— Je suis ravie que vous appréciez la visite, mentit-elle. Par ici, je vous prie.

Dans la bouche de la chevalière, la “prière” sonnait plus comme un ordre, et, même s’il pouvait s’agir d’un ton habituel, il était cette fois-ci volontaire. Elle ne voulait pas que le marchand se prenne pour un conquistador et agisse en maître des lieux sur les terres de Falias. Elle souhaitait qu’il garde à l’esprit que si lui pouvait leur tourner le dos, Deyris et les siens pouvaient faire de même.

Un fourreur ouvrir la porte du chalet en pierre où se travaillait la fourrure pour la dernière étape de la préparation de la fourrure, avant la confection. L’odeur était encore lourde, mais bien plus tolérable que dans l’autre bâtiment.

— Cette dépendance est isolée pour que la peau ne conserve pas l’odeur de la chair, commença Thæ, les artisans y réalisent les dernières finitions.

Avec des mouvements de tête, elle pointa du menton les différents atteliers présents dans l’habitacle de bois, dont l’isolation n’avait rien à envier à celle des grandes maisons de Sedna.

— Il s’agit donc notamment du ponçage, de l’égalisation, et du graissage des peaux. C’est d’ailleurs l’odeur de l’huile de pied de bœuf que vous pouvez actuellement sentir, monsieur Vestrit.

La chevalière laissa son associé observer minutieusement les installations, avant de l’inviter à se diriger à l’extérieur de la bâtisse. Elle en profita pour demander aux travailleurs de l’informer immédiatement si le marchand venait à se présenter seul aux fabriques, lui ou n’importe quelle personne qui n’était pas elle.

Elle ne laissait pas transparaître sa méfiance, dans ses gestes, mais ne parvenait pas à considérer Selden Vestrit comme un allié. Un associé, à la rigueur, mais elle ne pouvait lui faire confiance, et doutait que cela changerait. Appelez cela l’instinct.

— Désirez-vous visiter les ateliers de confections ? lui demanda Thæ.

La jeune femme leva les yeux vers le ciel, où le soleil peinait à traverser les nuages. Les oiseaux s’agitaient autour d’eux, signe annonciateur de mauvais temps. Ils devaient rentrer à Sedna rapidement, s’ils ne voulaient subir la pluie féroce de Falias, qui pouvait à tout moment se transformer en une furieuse tempête de neige. Reportant son attention sur son invité, elle ajouta :

— Si vous désirez faire une pause après notre retour à Sedna, ce serait le moment opportun. Une goutte tomba sur son gant de fourrure. L’hiver n’est jamais loin, murmura-t-elle avec sérieux.

En effet, même les habitants de Falias ne se risquaient pas dans les rues lorsque la neige se déchaînait. D’un autre côté, la jeune femme n’aurait aucun remord à abandonner l’arrogant marchand à l’extérieur, au beau milieu d’une tempête. Mais la région glacée passait avant tout pour elle, hélas.

©️ Justayne




En politique le choix est rarement entre le bien et le mal, mais entre le pire et le moindre mal.
ϟ Machiavel
Selden ;
31/3/2018, 15:00

avatar



En entrant dans la dépendance, Selden eut immédiatement la confirmation de ce qu'il pressentait depuis qu'il avait entreprit d'ouvrir ce nouveau commerce : il avait fait le bon choix. Et même plus, ce choix était certainement l'un des meilleurs qu'il n'ait jamais fait. Il était satisfait, son sourire toujours affiché le montrait bien. Mais c'était un moyen bien insuffisant pour exprimer l'entièreté de son contentement. Intérieurement, il bouillonnait, ne cessant de se féliciter lui-même, et jubilait par avance en imaginant la tête de ses concurrents lorsqu'ils verraient à quel point ce marché sorti du néant se révèlerait fructueux.
    En sentant sous ses doigts la qualité des quelques fourrures prêtes à l'emploi soigneusement entassées sur une table, dans un coin de la petite bâtisse, il ne put que constater la qualité du travail effectué pour arriver à un tel résultat. Ces fourrures étaient parfaites, prêtes à rapporter gros à celui qui avait daigné s'intéresser à elles. Prêtes à faire de lui le leader du commerce de l'Ouest, celui dont la région ne pourrait bientôt plus se passer tant il lui aurait permit de s'enrichir avec lui. Celui qui pourrait bientôt agir ici à sa guise, sans risques de représailles, parce qu'il serait alors l'unique pourvoyeur de richesse dont Falias pourrait s'enorgueillir.
     De par l'accord commercial qu'il avait signé, il était devenu celui qui offrait une réputation à Falias. La région allait pouvoir redorer son image, et lui profiterait de ce nouvel éclat en y participant, d'une part, et en agissant dans son ombre, d'une autre. Qui refuserait alors de recourir à ses services, lui qui serait parvenu à enrichir toute une région ? Qui oserait encore se servir de sa basse extraction pour refuser de faire affaire avec lui ? Une fois qu'il aurait montré son talent et sa maîtrise des finances aux yeux de tous, les grands de ce monde n'auraient d'autre choix que de l'adouber, enterrant par la même occasion ses concurrents, Javieri en tête.
    Et quand cette ultime étape serait franchie, il pourrait se défaire des ses affaires frauduleuses, de ses liens avec le commerce illicite. Blanc comme neige, il n'aurait plus rien à craindre. Il avait prit soin de masquer à la perfection de tels liens, d'abord pour éviter toute accusation, ensuite pour pouvoir les délaisser plus aisément le moment venu.

    Combien de temps s'était-il perdu dans ses pensées ? Combien de temps avait-il passé à tâter ces fourrures comme on plongerait ses mains dans un monceau de pièces d'or ? Il n'aurait su le dire.
    Sortant de son absence passagère, il tourna son regard vers la chevalière, répondant enfin à sa dernière réplique.
    - Je suis ébloui par la finesse du travail réalisé ici. Et j'ai hâte de découvrir ces ateliers. J'espère que les artisans y font honneur à la matière première qui leur est offerte !

    Il reprirent donc le sentier par lequel ils étaient arrivés, rebroussant chemin en direction de la ville. La pluie semblait vouloir les accompagner durant leur retour. Les gouttes, fines et éparses dans un premier temps, ne tardèrent pas à gagner en volume et en nombre. Selden espéra qu'il ne s'agirait que d'une averse passagère, mais en levant les yeux au ciel, ses espoirs furent rapidement éteints. Le ciel était empli de nuages d'un gris presque noir. Et la pluie gagna encore en intensité, véritable cascade venue du ciel, où se mêlaient peu à peu quelques grêlons malvenus.
    Ils durent accélérer leurs pas, non dans l'espoir d'être moins mouillés – ils étaient déjà trempés – mais plutôt dans celui d'arriver en ville avant que les intempéries ne les obligent à trouver un abri de fortune, perdu dans ces bois sombres où le marchand n'avait aucun repère.
    Il espérait que ceux qui l'accompagnaient, la chevalière en tête, savaient où ils se trouvaient, eux, et qu'ils seraient à même de le guider en lieu sûr avant que la lumière du jour ne soit éteinte...
En ligne
Thæ ;
4/4/2018, 21:39

avatar





Les raisons du commerce sont toujours les plus fortes. Selden & Thæ Le marchand avait l’air satisfait, s’attardant sur le moindre détail, touchant à tout. Cela satisfaisait Thæ, qui se disait que cela n’avait pas été un si mauvaise décision, après tout, que de s’embarquer dans un tel échange. Cependant, elle savait les marchands xyloglottes et manipulateurs. Aussi, lorsqu’elle entendit Selden complimenter l’ouvrage des artisans fourreurs, elle éprouva un mélange de satisfaction et de méfiance. Il avait déjà tenté de passer par la flatterie pour arriver à ses fins quelques temps auparavant, et la jeune femme n’était pas naïve au point de croire qu’il ne recommencerait pas, et qu’ils deviendraient les meilleurs amis du monde.

Au contraire. Elle accueillit donc la remarque enjouée du marchand avec un vague signe de la main, comme pour dissiper les doutes du marchand.

— N’ayez crainte, je vous assure que vous ne serez pas déçu.

Il ne rechigna pas pour repartir, mais ne devait pas s’attendre à voir le temps changer à une vitesse aussi imprévisible. Ils avançaient rapidement, dans un climat encore plus tendu qu’à l’accoutumée. De gros nuages noirs percèrent l’horizon, devant eux. Il leur fallait retourner en ville avant que la tempête ne s’y abatte. La neige n’était pas au rendez-vous, et des trombes d’eau s’abattaient sur eux. Exaspérée, la chevalière retira sa cape, tout en avançant, et la porta, pliée sous son bras. Imbibée d’eau, cela pourrait se révéler dangereux de marcher avec. Les oiseaux quittaient l’abri des arbres en criant, présage d’un très mauvais temps. Ils accélérèrent encore. S’ils étaient bloqués dans les bois, un abri de fortune ne les aiderait en rien. Sans aucun mage parmi eux, et avec le bois humide, ils ne pourraient se faire de feu, et ne passeraient pas la nuit.

Transie de froid, la chevalière gardait son calme, et avançait avec peine, mais détermination. Le petit groupe arriva une bonne vingtaine de minute plus tard devant Sedna. Il ne restait plus qu’à s’engouffrer dans le premier bâtiment venu. Vu le temps, les ateliers devaient être déserts, pour que les artisans, des hommes et des femmes de Falias, puissent s’assurer de la sécurité de leur famille. Vivre dans une région comme celle de l’ouest comporte des risques, et les modes de vies s’y adaptent, les employeurs ne gardant leurs salariés que si toute sortie comporte un réel danger.

Ainsi, tout s’arrête, à Sedna. Le temps semble figé, une impression seulement trahie par le martèlement de la pluie sur l’ardoise des toits, et les bourrasques de vent qui glacent le sens de ceux qui s’aventurent à l’extérieur des habitats. Je guide mon invité à travers le dédale de rues méconnaissables pour ceux qui ne connaissent pas la ville. Rapidement, nous arrivons devant les ateliers de confection. Sedna n’est pas bien grand, mais la petite troupe de malchanceux était entièrement trempée jusqu’aux os.

— Il faut toujours se fier à la véracité des propos des gens de l'Ouest, en matière de sale temps, railla-t-elle plus pour elle-même que pour son partenaire d'infortune.

Réfléchissant un instant, Thæ alluma les lampes qui couvraient les murs de la pièce. Une lumière tamisée éclaira des mannequins de bois, recouverts de pièces de fourrure et de peau parfois achevés, et parfois en pleine confection. La douce matière première était étalée sur des tables ou les couturiers et couturières les découpaient selon leurs envies.

— Je vous laisse visiter, je vais allumer un feu dans l’arrière-salle.

Plantant là son invité, la chevalière étendit sa propre cape sur un présentoir, et fila vers la pièce où les artisans prenaient leurs repas et leur pause. Aménagée comme une pièce à vie de maison, à cause des fréquentes intempéries, une grande cheminée trônait contre un mur, et du bois  se trouvait à côté. Notant dans un coin de son esprit qu’elle devrait le rembourser, elle alluma un peu, qui finit par prendre, et retourna voir son associé après en avoir quelque peu profité.

— Venez-donc par ici, vous devez être frigorifié.

Mais Thæ ne perdait pas le nord, ni les raisons qui l’avaient poussées à conduire l’homme en ces lieux. Ainsi, elle ajouta :

— Êtes-vous toujours aussi satisfait, monsieur Vestrit ? Des remarques à formuler ?

Elle lui jeta un regard impassible, mais n’attendait pas grand-chose de sa réponse. A vrai dire, elle se doutait que comme tout bon marchand qui se respecte, il n’éprouverait aucun regret à faire de grands bénéfices sur le dos de leur accord. Mais si Falias pouvait en ressortir grandie, la chevalière n’avait aucune critique à formuler. Elle s’assurait simplement que le blondinet respecterait sa part du contrat, sans pour autant renoncer à se méfier de lui comme de la peste.
©️ Justayne

Spoiler:
 




En politique le choix est rarement entre le bien et le mal, mais entre le pire et le moindre mal.
ϟ Machiavel
Selden ;
8/4/2018, 12:31

avatar



Etre trempé jusqu'aux os... Selden comprenait l'origine de cette expression. Il n'avait pas fallut longtemps au petit groupe pour rejoindre la ville puis pour trouver les ateliers et s'y réfugier, mais les trombes d'eau qui les avaient accompagné sur le chemin du retour avaient suffi à transformer leurs vêtements en véritables éponges. Le vent avait également joué son rôle, ajoutant un ressenti glacial difficilement supportable. Aussi, lorsqu'ils pénétrèrent dans la bâtisse de pierre, le marchand fut-il grandement soulagé d'être enfin abrité des colères du ciel.
    La chevalière avait allumé quelques lampes pour éclairer la pièce. Il n'était pas tard, mais les nuages étaient si épais qu'ils masquaient presque entièrement la lumière du jour. Dans cette ambiance crépusculaire, Selden répondit d'un hochement de tête à l'invitation de sa guide. Il se délesta de son épais manteau alourdi par les intempéries, et commença à inspecter les ateliers. L'homme peinait à se réchauffer dans ces lieux où aucun feu n'avait dû brûler depuis le début de la journée, mais ce qu'il avait sous les yeux lui permit d'oublier le froid qui le poignait. Ses vêtements semblaient vouloir adhérer à la moindre parcelle de sa peau, mais cet inconfort n'était que passager. Ce qu'il voyait en ce lieu en revanche occuperait le premier plan de ses pensées pendant très longtemps.

    Il s'était imaginé devoir faire venir quelqu'un pour enseigner à ces couturiers de nouveaux modèles susceptibles de plaire aux habitants de Majoris. Mais cela ne serait pas nécessaires. Les artisans avaient-ils anticipé ses désirs quand ils avaient appris où iraient désormais le fruit de leur travail ? Ou avaient-ils toujours confectionné de tels chefs-d’œuvre ?
    Selden avait pensé voir là des manteaux et des capes brutes, purement pratiques, voire mal dégrossies, s'accordant ainsi avec les Faliens destinés à les porter. Jamais il n'aurait pensé admirer ici un travail d'une telle qualité. La chevalière n'avait pas menti : la transformation finale était à la hauteur de la matière première. Elle lui faisait honneur, la sublimait même, et parvint à élargir encore un peu le sourire du marchand qui très bientôt les revendrait.
    Dans sa tête il comptait. Il pourrait sans difficulté revendre ces pièces de haute couture le double de leur prix d'achat, à la capitale. Sinon le triple. Et les marins d'Idye s'arracheraient eux aussi des vêtements de cuir si ces derniers s'avéraient être aussi bien confectionnés. Oui, là-bas, au fond de la pièce, un pourpoint de cuir idéal pour n'importe quel matelot : léger mais protecteur, épargnant à celui qui le porterait de subir la bise perpétuelle, sans pour autant tenir trop chaud, ni entraver les mouvements. Tout était parfait et Selden devait afficher un visage d'enfant ravi d'avoir enfin ce qu'il voulait lorsque Thae Helvall l'invita à venir se réchauffer auprès du feu qu'elle avait allumé dans  la pièce voisine.
    La chaleur qui s'en dégageait ne tarda pas à soulager le marchand. Un frisson le fit tressaillir alors que son corps se réjouissait de retrouver une température normale. Il balaya la pièce du regard, et fut surprit par ce qu'il y vit. Était-ce un lieu de travail ou un lieu de vie ? La frontière était ici bien mince entre les deux, et cela en disait beaucoup sur le mode de vie des habitants de la région, décidément bien différent de celui du reste de Caelum.

    Était-il satisfait ? Avait-il des remarques à faire au sujet de ce qu'il avait vu aujourd'hui ? Selden hésita quelque peu avant de répondre. Il ne voulait pas paraitre trop comblé, cela pourrait passer comme étant une faille, mais il ne pouvait pas cependant se montrer trop morne. Comme le pourrait-il alors qu'il sentait en lui une telle jubilation ?
    Jubilation : le terme était parfait. En venant à Falias, il avait déjoué tous les pronostics de ses concurrents. La plupart  d'entre eux avaient vu là une folie passagère, celle d'un homme aux abois qui tentait le tout pour le tout, quitte à risquer la ruine totale. Or, Selden se réjouissait désormais de la tournure que prenait  les choses. Il avait remporté son pari fou, et ses gains seraient même bien plus élevés que ce qu'il avait imaginé.
    - Madame, je n'ai rien à redire. Ce que vous m'avez montré aujourd'hui frôle la perfection. Je dois bien avouer que c'est pour moi une véritable surprise. Une très bonne surprise, cependant.
    Et je comprend mieux désormais pourquoi vous avez été si dure en affaire il y a quelque jours. Ce que Falias a à me vendre est un trésor et vous l'avez défendu comme  il se doit. Mais vous avez fait le bon choix en décidant de me confier la tâche de faire fructifier ce trésor. Il était plus que temps pour vous d'en tirer bénéfice, et je ne puis que me réjouir d'être de la partie !
    Notre partenariat sera un franc succès, je puis vous l'assurer. Je ferai honneur aux marchandises que vous me procurerez. Ainsi Falias s'ouvrira enfin au reste de l'île et peut-être pourra-t-elle très bientôt dire adieu au côté obscur de ses finances ?
    Croyez-moi, je suis sincère en vous disant que c'est un honneur pour moi d'être celui qui participera au renouveau de la région. Que dis-je : à sa renaissance !
    Lors de notre rencontre, j'ai refusé le verre que vous m'aviez proposé. Aujourd'hui, ce serait un plaisir pour moi que d'en lever un pour célébrer le début de notre succès commun. Ce plaisir est il partagé ?
En ligne
Thæ ;
11/4/2018, 21:04

avatar





Les raisons du commerce sont toujours les plus fortes. Selden & Thæ Thæ avait écouté le marchand aller et venir dans l’atelier de confection, et sa minutie ne pouvait dire qu’une chose : soit tout était parfait à ses yeux, soit l’intégralité du processus était à reprendre. Mais elle avait foi en la dextérité des artisans de Falias, et le marchand risquait de tomber des nues : il n’avait vu, pour le moment, que les capes de soldats, loin d’être prévues pour la parade ou la mode. La jeune femme ne se souvenait pas d’avoir vu Deyris porter une tenue sortie des ateliers de Sedna, et se dit que c’était peut-être mieux ainsi, puisque leur hôte aurait la surprise de découvrir le travail d’orfèvre des couturiers de la ville. A vrai dire, elle espérait secrètement lui clouer le bec, en le faisant venir ici. Elle l’avait d’ailleurs laissé seul pour qu’il puisse apprécier par lui-même, sans filtre, le travail réalisé dans cet endroit. Enfin, si cela lui convenait – il ne faut jamais attendre quoi que ce soit d’un marchand. Il était vrai qu’elle avait insisté pour que soient exposées les plus belles pièces actuellement sur le marché, mais si leur petit commerce fonctionnait, ce genre de création occuperait une plus grande partie de l’atelier. La jeune femme songea à proposer à Deyris de faire agrandir la fabrique, au bout de la période probatoire. Certes, inonder Majoris de vêtements de fourrures serait un très mauvais plan, mais il ne fallait pas que l’usage quotidien de cet artisanat se laisse engloutir par la demande. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils avaient précisé dans leur contrat que la majeure partie des fourrures iraient à la capitale, pour ensuite être transformées.

Lorsque Thæ croisa le regard du marchand, elle se régala de sa mine réjouie. Il avait le visage de quelqu’un amplement satisfait par ce qu’on lui proposait. Elle était donc en position de rafler quelques petits ajouts à leur affaire. Cependant, elle ne laissa rien poindre sur son visage.

Tous les deux trempés, ils s’installèrent devant le feu qui commençait à brûler furieusement dans l’âtre. La jeune femme vit son hôte balayer la pièce du regard avec étonnement, mais le laissa baigner dans ses réflexions, refusant d’interrompre le fil de ses pensées, même si elle attendait de lui une réponse à sa question. Etant un marchand doublé d’une avidité presque obsessionnelle, selon certains, il devait être en train de calculer, puisqu’il ne parlait pas. Finalement, il fit entendre sa voix, avec un aplomb sûrement revigoré par les flammes et ses découvertes.

La première phrase du marchand aurait pu faire grincer Thæ des dents, si elle ne se maîtrisait pas. Elle avait appris à haïr les compliments, qu’ils lui soient adressés ou non, et détestait par-dessus tous les flatteries. Mais que pouvait-elle dire ? Son partenaire commercial appréciait sa visite, et n’en était pas déçu, bien au contraire. Elle prêta une oreille attentive au reste des paroles du marchand – un véritable flot, comme d’habitude – en se massant les mains dans son dos, près du feu.

Elle non plus ne doutait pas de la réussite de leurs affaires, mais n’en était pas au point de déclamer sa flamme aux fourrures sur un ton aussi théâtral que celui du marchand. Pourtant, elle devrait certainement s’y faire, puisqu’ils seraient amenés à se côtoyer fréquemment. D’un côté, c’était elle qui avait insisté pour être au plus proche des marchandises, pour avoir son petit marchand à l’œil, de l’autre, Thæ savait que ce monsieur Vestrit avait plus d’une carte dans sa manche, et détestait cette idée. Elle devrait juste prendre son mal en patience, et attendre le moindre faux pas de la part de son allié. D’ici là, elle espérait pouvoir se considérer comme son égale, dans cette transaction. Il en profita également pour se jeter des fleurs, gonflants ses propres chevilles d’une estime déjà pleine à ras bord, et se présenta comme le garant, et le protecteur, de leur petite affaire.

Néanmoins, la satisfaction du marchand était contagieuse, et Thæ en aurait presque fait fonctionner les muscles de ses joues, si elle ne s’était pas tenue devant un allié de Falias. Elle ne voulait pas laisser tomber le masque, plus jamais. Cependant, elle était soulagée que leur alliance commence sur de bonnes bases – du moins, en apparence –, et espérait que cela continue ainsi.

Lorsqu’il lui proposa de fêter le début de leur partenariat en y portant un toast, elle le regarda sans réagit, stupéfaite. Premièrement, parce qu’il se souvenait d’avoir refusé un verre, sûrement par stratégie, alors qu’il s’agissait juste d’eau, proposée par compassion pour son voyage. Deuxièmement, parce qu’il venait juste de lui proposer de lever leurs verres à leur futur succès.

La chevalière resta interdite un moment, ne sachant pas comment réagir, partagée entre faire plaisir au marchand, et considérer qu’elle était toujours en train d’accomplir son devoir. Or, on ne consomme pas d’alcool lorsqu’on est en plein travail. Elle résista du mieux qu’elle put, avant de lâcher dans un souffle, comme par peur de regretter ses paroles, un air sérieux sur le visage :

— Bien sûr.

Elle s’éloigna à regret de la chaleur du foyer, s’éclaircissant la gorge, et jeta un coup d’œil à l’extérieur de l’atelier. La pluie torrentielle était entrecoupée de pluie de grêle. Ils seraient bloqués ici un moment. Et puis, Thæ ne résistait jamais longtemps à l’appel de la boisson, surtout lorsqu’un certain marchand l’épuisait mentalement. Elle demanda à son compagnon d’infortune de chercher deux verres, s’il voulait pouvoir fêter cela dignement – pas question qu’elle fasse la servante de monsieur et qu’elle lui prépare sagement la table.

Toutefois, elle n’était pas certaine de trouver de quoi correspondre à l’idée qu’il avait émise dans les placards communs de la pièce où ils se trouvaient. En effet, il n’était pas vraiment recommander d’allier travail et boisson. Néanmoins, un habitant de Falias n’en était pas un s’il n’avait pas de quoi se réchauffer le cœur coincé au fond d’un abri ou d’une maison en pleine tempête, et la jeune femme tomba rapidement sur ce qu’elle cherchait. De l’hydromel. Local, en plus, pile ce dont elle avait besoin pour appâter le marchand, pour qu’il se dévoue corps et âme à la cause de Falias, à travers ce partenariat. A côté, de la bière, locale elle aussi. Elle hésita, mais laissa finalement l’hydromel à sa place, refusant de le soustraire à ses propriétaires.

La chevalière s’approcha de la table sans s’assoir, et remplit les verres. La bière de Falias, et en particulier de Sedna, était faite pour réchauffer les cœurs et les corps, et n’était donc pas des moins fortes.

Pendant ce temps, elle revint rapidement sur les mots de Selden.

— Au vu de votre satisfaction, Sedna pourrait-elle se réserver une partie de la confection des vêtements ? Les couturiers de Majoris pourraient bien sûr venir enseigner leurs modèles, mais je pense que ce serait un avantage pour Falias de participer à la production jusqu’au bout, du moins, à une partie de celle-ci.

Elle attendit que le marchand la rejoigne, pour lever son verre vers lui.

— A notre partenariat, dans ce cas ? lui demanda-t-elle, guettant malicieusement le moment où son nouvel allié porterait son verre à ses lèvres.

D’habitude, elle avait tendance à boire en compagnie des autres membres de la garde de Sedna, et cela ne se passait pas vraiment comme ça – ils donnaient plus l’air d’un groupe de sauvages fanatiques beuglant « pour Falias » à tue-têtes, les jours les plus tristes. Mais jamais elle ne se comporterait comme ça devant le marchand. Néanmoins, cette occasion lui permettrait peut-être de soutirer des informations au marchand, et elle ne manquerait cela pour rien au monde.
©️ Justayne




En politique le choix est rarement entre le bien et le mal, mais entre le pire et le moindre mal.
ϟ Machiavel
Selden ;
12/4/2018, 19:50

avatar



Bon sang ! Mais de quelle pierre est fait ton coeur, Helvall ?
    La question était légitime d'un certain point de vue, et seulement si elle restait cloitrée dans l'esprit du marchand. Après avoir tenté de pousser la chevalière à exprimer de l'impatience, lors de la visite de la tannerie, il tentait désormais de lui arracher un sourire, en espérant que le sien fut communicatif, ou que ses propos suscitent en elle ne serait-ce qu'une once d'engouement ou de joie vis-à-vis de l'avenir qui se profilait pour la région qu'elle défendait.
    Mais il n'en fut rien. Elle restait de marbre, laissant sont associé seul pour savourer son plaisir. Plaisir qui, bien que sincère, n'aurait en temps normal pas suscité autant de liesse chez lui, et en tout cas n'aurait pas donné lieu à une telle démonstration de sa satisfaction.
    Non, décidément, cette femme là n'était pas du genre à se laisser aller. Constamment bien campée dans son rôle de négociatrice, elle semblait juguler ses émotions d'une main de fer, se contentant de faire son travail, gardant tout son sérieux, n'oubliant aucun des soupçons qu'elle nourrissait sans doute aucun à l'égard du marchand, et sans jamais cacher l'aversion que ce dernier avait fait naître en elle.
    De tout  cela Selden était certain. Il n'était pas dupe et avait senti depuis les premiers instants suivants leur rencontre qu'elle serait intransigeante, aussi froide que Falias, aussi froide qu'un chien rechignant à partager son os, dont personne d'autre ne voulait pourtant.

    Face à un tel mur, la seule solution immédiate qui soit venue à l'esprit de Selden avait été de la faire boire. Bien entendu il se doutait fortement qu'une chevalière telle qu'elle serait rompue à cet exercice à force de beuveries entre membres de la garde, mais il voulut tout de même tenter sa chance, et ce pour deux raisons.
    La première était qu'il avait toujours froid. Le feu ronflait avec force dans la cheminée sise à quelques coudées de lui seulement, mais cela ne le réchauffait qu'en surface. Il lui fallait agir par l'intérieur pour  recouvrer un semblant de tiédeur en son sein, et seul l'alcool pourrait y parvenir suffisamment rapidement.
    La seconde était qu'avec un peu de chance, connaissant la rusticité des boissons de la région, un verre ou deux suffiraient à fêler un tant soit peu le carcan granitique qui enserrait les émotions de la chevalière.
    Au pire, Selden se sentirai mieux, au mieux, il pourrait en plus parvenir à sonder plus avant la personnalité de sa nouvelle associée. Il n'avait donc rien à y perdre. Tout était calculé.

    Elle répondit favorablement à la proposition de l'Idyen, bien que son ton n'affirme le contraire. Peut-être était-elle simplement résolue. Ils resteraient enfermés ici pour un bon bout de temps, et il n'y avait pas grand chose d'autre à faire pour tuer le temps. Elle partit donc en quête de quelque boisson, après avoir missionné Selden pour trouver deux verres. Ce dernier se mit à la tâche sans rechigner. Si elle espérait le rabaisser en lui ôtant le plaisir d'être servi par quelqu'un d''autre, c'était raté.
    Il ne se fit pas d'illusion, et savait qu'il n'avait aucune chance de trouver des verres à pied de cristal dont il avait l'habitude, mais il fut surprit en trouvant, au fin fond d'un placard aussi rustique que le reste du mobilier de la pièce, deux coupes finement ciselées. Il crut d'abord qu'elles étaient en argent, mais sa surprise eut à peine le temps de naître qu'elle fut aussitôt réduite à néant. C'était du fer, aussi simple que le reste de ce qui l'entourait, mais néanmoins poli avec soin et décoré avec goût de motifs floraux. Cela ferait l'affaire.

    Une fois de retour à sa place, il posa les verres sur la table avant que la chevalière ne les remplisse. Qui n'avait jamais bu de bière de Falias ne se serait pas douté qu'il s'agisse effectivement de houblon fermenté, aussi Selden prit-il le temps de regarder, de sentir et de regarder encore ce que contenait son verre pour feindre l'ignorance. A chaque fois qu'il était venu dans l'ouest, ses associés véreux lui avaient offert de boire un verre de ce qu'ils appelaient de la bière. Leur breuvage était le plus souvent immonde, presque noir, comme de la boue devenue par miracle effervescente et alcoolisée. Ce que Thae Helvall venait de servir semblait être de meilleure qualité, quoique qualité soit encore un bien grand mot pour qualifier cette piquette.
    Alors qu'il prenait soin de jouer au néophyte de l'alcool Falien, la chevalière tentait d'affiner les perspectives de leur accord commercial. Décidément, elle ne perdait jamais le nord, et même ce moment qui se voulait agréable et détendu ne parvenait pas à la faire dévier d'un iota de son objectif. Elle était toute à sa mission et conservait le sérieux qui allait de paire avec ses fonctions. Selden était lui aussi entièrement dévoué à sa tâche, seulement il en profitait pour jouer un peu, joignant l'utile à l'agréable. Leurs caractères étaient aussi éloignés que possible et, l'espace d'un instant, Selden se demanda comment ils avaient put parvenir à un accord malgré leurs différences.

     - Je crains fort que cela ne soit pas possible. Il prit soin d'observer la réaction de son interlocutrice avant de reprendre. Dans un premier temps en tout cas. Si nous voulons que notre entreprise soit pérenne, il nous faut agir par étapes. Tout d'abord, nous apportons aux couturiers de Majoris de quoi relever leurs créations habituelles d'un soupçon de rusticité exotique. Puis, une fois ce nouvel aspect bien ancré dans les habitudes de la haute société, nous pourront faire venir ces couturiers à Falias pour ajouter un nouvel élément capable d'attirer les convoitises : "Cousu main à Falias." Croyez moi, cela fera fureur ! Ce n'est qu'une fois cet étape franchie que nous pourrons envisager d'aller plus loin en ajoutant encore une touche d'originalité. Le style des ouvrages que j'ai put voir ici fera mouche à la capitale, mais il faut d'abord y aller en douceur.
    Et alors que les riches gens de Majoris s'arracheront les créations venues de l'ouest, ce sera au tour des citoyens lambda de se vêtir de vêtements de coupes habituelles, rehaussés de fourrure, et ainsi de suite. En agissant de la sorte, nous pourrons créer un effet boule de neige qui ne cessera de s'accroître des années durant. C'est à cela que nous trinquons aujourd'hui : à l'avenir !


     Son monologue achevé, il fit tinter son verre contre celui de la chevalière avant de boire son contenu d'un seul trait. Il ne broncha pas quand ses papilles constatèrent à quel point la bière était forte, très alcoolisée et d'une amertume sans égale. Il avait bu bien pire dans sa prime jeunesse, alors qu'il travaillait pour la pègre de Bara, et bien pire encore alors qu'il commençait à écumer les salles de jeux de bas étages.
     En reposant son verre devant lui, il jeta un regard à la chevalière. Serait-elle surprise qu'il puisse boire un tel breuvage malgré ses airs raffinés ? Avait-elle choisi ce dernier en pensant pouvoir se moquer de lui et de son estomac qu'elle ne pensait pas si bien accroché ? Si tel était le cas, elle serait déçue, à n'en pas douter. Mais cela se lirait-il sur ses traits ?
En ligne
Thæ ;
15/4/2018, 17:40

avatar





Les raisons du commerce sont toujours les plus fortes. Selden & Thæ La main fermement serrée autour de du verre en fer, Thæ observait le marchand avec une certaine curiosité, alors qu’il scrutait avec intensité le breuvage au fond de sa propre coupe. Elle s’attendait à le voir au moins froncer le nez, crachoter peut-être, vu ce qu’elle lui avait servi. Ce n’était peut-être pas la meilleure bière de Falias, loin de là, mais elle s’approchait déjà plus de ce que la jeune femme avait pu goûter au cours de ses voyages dans les autres régions que les autres boissons de Falias. Là seule véritablement bonne était l’hydromel, mais elle ne pouvait se résoudre à ouvrir la bouteille qu’elle avait aperçu, d’autant plus que cela causerait certainement sa perte. Sans être alcoolique, Thæ avait un goût prononcé pour l’hydromel de Sedna, et ne manquait pas, à quelques occasions, d’en abuser. Aussi, elle espérait pouvoir voir le visage de son irritant allié se décomposer quelque peu. Elle avait l’impression, avec du recul, d’être un chien face à un chat, l’un comme l’autre cherchant en permanence à garder le dessus, et à désarçonner l’autre. Elle n’était pas dupe et se doutait qu’il ne lui avait pas proposé de boire sans une raison derrière la tête. Cependant, la jeune femme était presque sûre de remporter ce nouveau duel, si l’alcool en était l’arme.

Le marchand répondit à sa question, et elle apprécia qu’il ne se perdre pas dans ses visions de succès, pour continuer d’aborder le sujet avec raison. Elle fronça légèrement les sourcils en écoutant le jeune homme. Il connaissait son métier comme sa poche, il fallait lui reconnaitre ça.

— Vous avez tout à fait raison, répondit-elle d’un ton mesuré, je ne m’attendais pas mettre cela en place de suite, bien entendu. Je ne voudrais simplement pas que Majoris s’accapare nos us et coutumes, pour ensuite être victime de son propre succès. Mais comme vous venez de le présenter, je n’ai aucune objection à formuler, et je suis certaine que si nous menons à la perfection notre barque, vos prévisions se réaliseront.

Thæ ne releva pas l’insulte polie du marchand, mais serra intérieurement les dents. « Rusticité exotique », elle croyait rêver, malgré le fait que ce soit quelque part vrai que les vêtements de Falias n’étaient clairement pas conçus pour les grands princes de Majoris.

Ce qui suivit décontenança la chevalière. Elle qui attendait de voir le marchand rendre sa boisson, elle venait de le voir l’avaler d’un coup, sans signe extérieur de surprise. Elle était déçue, et se contenta de rendre son regard à son nouvel allié. Il l’irritait décidément beaucoup trop pour qu’elle puisse considérer cette pause dans leurs affaires comme une petite partie de plaisir, incapable de voir Selden comme un ami avec lequel elle pourrait trinquer. Comme pour lui demander ce qu’il attendait, au juste, à la fixer, elle haussa légèrement un sourcil, avant de l’imiter et de vider son verre, avec un « à l’avenir » tout de suite moins convainquant et moins théâtral que celui qui avait résonné dans la bouche du marchand. Autant, elle était capable de se laisser aller et de prendre du plaisir à siroter de l’alcool pendant toute une soirée, autant, face au marchand, elle ressentait le besoin permanent d’être sur ses gardes.

Le regard de l’homme lui indiquait néanmoins qu’ils jouaient au même jeu : cherchant à piéger l’autre, à le surprendre, pour mieux jauger ses réaction, percer le masque qu’il portait. C’est bien ce qu’ils faisaient, l’un comme l’autre : porter un masque. Et la chevalière s’employait à tenter de déterminer les contours de celui du marchand, qui lui semblait beaucoup trop insaisissable à son goût. Et, même si elle s’estimmait capable de pouvoir surmonter n’importe quel défit, celui que représentait son compagnon ne faisait qu’attiser l’agacement de la jeune femme. Ils étaient comme chien et chat, vraiment, chacun défendant ses positions sans vouloir céder de terrain.

Thæ abattit son verre sur la table avec une fermeté contrôlée, juste de quoi exprimer qu’elle ne se laisserait pas faire.

— Eh bien, monsieur Vestrit, vous êtes l’un des rares invités de Falias à supporter ainsi la bière de l’Ouest, vous m’en voyez surprise, je vous l’avoue. Je m’attendais à ce que vous soyez plus habitué au doux cidre d’Idye ou au fin vin de Majoris, et non à la bière rustique, quoique peut être exotique selon vous, de Falias.

Elle marqua une pause, se resservant et proposant au marchand de le servir à nouveau. Ce n’était pas le genre de breuvage dont on se délectait, aussi elle ne s’attendait pas à ce qu’il en reprenne. Quant à elle, elle connaissait ses limites, et en était encore bien loin. Entre une vie de travail dans une auberge spécialisée dans l’accueil de voyageurs, et le reste de cette vie à se faire une place parmi les hommes de Falias, elle était assurée de ne pas s’écrouler sur la table avant un bon nombre de verres encore.

— Mais j’en suis rassurée, quelque part, ajouta-t-elle. Je n’aurais pas aimé devoir vous raccompagner à votre auberge parce que vous n’auriez pas été en état de marché.

En réalité, elle aurait éprouvé du plaisir à l’abandonner ivre mort dans les rue de Sedna, mais ce n’était pas le genre de chose que l’on avouait à un partenaire commercial. Mais ce qui la froissait le plus, c’était qu’elle devrait certainement attendre un bon moment avant d’espérer pouvoir soutirer des informations au marchand.

Mais elle tiendrait bon, et ne s’avouerait pas vaincu avant de l’avoir percé à jour. En se disant que c’était pour le bien de Falias, Thæ en faisait une affaire personnelle, et n’arrêterait pas avant d’être certaine qu’il ne représentait aucun danger pour la région et pour Deyris, ou qu’il se laisse prendre alors qu’il exerce quelque activité frauduleuse.

La chevalière fixa le marchand, sirotant avec cette fois plus de modération la forte bière. Il lui faudrait encore beaucoup de verres avant qu’elle ne s’avoue vaincue. Mais il faudrait tout de même qu’elle fasse attention à ne pas se laisser emporter par son goût pour la boisson, et à mesurer ses paroles en présence de son allié – un bien grand mot, à ses yeux. Loin d’apprécier sa présence, elle souhaitait de tout son cœur que la tempête passe au plus vite. Se savant d’un mutisme impénétrable, la jeune femme ne s’attendait pas à ce que son nouveau compagnon de désarroi ne lui fasse la conversation, et cette soirée s’annonçait ainsi des plus palpitantes.

Si au moins lui pouvait se laisser aller, laisser l’alcool embrumer son esprit, révéler ses faiblesses et ses craintes, ce serait déjà plus amusant. Mais, au vu de la manière dont il avait bu son premier verre, Thæ commençait à craindre que le marchand ne soit pas à ce point manipulable, et cela la décevait presque, puisque c’était là la seule chose qui pouvait la consoler d’être ainsi cloitrée en sa présence.

L’alcool et le feu réchauffant ses os, elle posa de côté son épée – jugeant préférable de ne pas risquer d’égorger le marchand. Puis, se levant avec son verre, elle rajouta une bûche dans le foyer, et y resta debout, pour mieux considérer l’homme. Refusant de se comporter avec lui comme avec quelqu’un d’étranger à son travail, elle demeura silencieuse, se contentant de liver sa coupe vers lui avant de l’achever.

« L’avenir », avait-il dit. La jeune femme se demandait ce que réservait le futur à Falias, et doutait encore de la sincérité du marchand.
©️ Justayne




En politique le choix est rarement entre le bien et le mal, mais entre le pire et le moindre mal.
ϟ Machiavel


Dernière édition par Thæ le 22/4/2018, 04:06, édité 1 fois
Selden ;
17/4/2018, 19:43

avatar



Cet erzatz de bière n'en avait ni l'aspect, ni le goût, tous deux étant ici affreux, mais au moins avait-il le mérite de remplir sa fonction première, surtout dans une région aussi froide : elle réchauffait les corps et les coeurs. Selden fut étonnament soulagé d'en sentir l'effet presque immédiatement après avoir vidé son verre. Le goût était infect, mais passable quand on sait à quoi s'attendre. Passé ce premier désagrément, le marchand eut du mal à réprimer la sensation bien être qui commença à le parcourir. Enfin il n'avait plus froid, du moins plus autant. Il ne devait cependant rien laisser parraître. L'heure était venue de jouer le jeu de son adversaire et d'afficher lui aussi un visage froid, distant, respectueux par obligation.

     En fait d'adversaire, elle n'en était pas vraiment une, du moins pas aux yeux de Selden. Elle avait certainement un tout autre point de vue à son sujet, mais lui persistait à voir en elle une associée et non, par conséquent, quelqu'un qui lui veuille du mal.
    Oui, elle serait toujours là pour le surveiller. Elle ne cachait pas son mépris à son encontre, ni ses doutes quant à sa fiabilité. Peut-être même voyait-elle clair dans son jeu et, sans preuve évidente à fournir, ne pouvant pas appuyer ses soupçons sur quelque fondement que ce soit, attendait-elle le premier faux pas du marchand avant de se jeter sur lui et de le déchiqueter.
    Mais cela n'arriverait pas. Il connaissait trop bien son métier pour commettre une telle erreur. Il avait même les coudées franches, contrairement à ce que la chevalière pensait peut-être. Il avait des espions, de l'argent, une couverture à toute épreuve, et sa signature ornait le pied-de-page d'un accord commercial qu'il était parvenu à orienter selon ses désirs. Légalement elle ne pouvait rien contre lui. Et lui ne ferai pas d'erreur – en avait-il jamais fait ? - qui puisse le permettre.
    Il avait eut un autre objectif en revanche. Il avait voulu se simplifier la vie et mettant Thae Helvall dans sa poche. Il avait voulu la désarçonner, la pousser à bout – à l'erreur – la forcer à montrer qui elle était vraiment. En la connaissant un peu mieux, il aurait eut en sa possession les outils nécessaires pour la diriger un peu plus comme il le voulait. Il aurait su sur quel bouton appuyer pour déclencher telle ou telle réaction, voulue par avance.
    Or, en ce domaine, il avait échoué. Elle s'était montrée tenace, d'une volonté de fer, d'une patience à toute épreuve. Même l'alcool n'y faisait rien, aussi Selden se rendit-il à l'évidence. Il lui faudrait composer avec cet être froid et aussi émotif qu'un mur. Il lui faudrait être le mur d'en face. Plus épais, plus haut peut-être, mais un mur quand même. Associant leur forces pour soutenir le même toit, mais sans aucune brique commune. Associés ils le seraient par la force des choses, tout autant qu'ils seraient à jamais opposés l'un à l'autre.

    Mais, contre toute attente, alors qu'il venait de se résoudre à rendre les armes, la chevalière, après avoir elle aussi avalé son verre d'un seul trait, ouvrit une nouvelle brèche qui raviva les espoirs du marchand. Elle était bien mince, mais s'il parvenait à s'y engouffrer, il pourrait peut-être finalement atteindre son objectif.
    Il n'hésita pas un seul instant. L'occasion était trop belle. Thae Helvall venait, sans s'en rendre compte, de lui tendre la perche qu'il cherchait à saisir depuis si longtemps :  une simple discussion entre deux compagnons de boisson. Le temps de quelques phrases, elle avait mit au placard les considérations commerciales pour parler de lui. En buvant sans broncher l'affreux breuvage, il avait suscité en elle un soupçon de curiosité. Elle ne s'était pas attendue à ce qu'il accomplisse cela avec autant de facilité. Peut-être même s'était-elle essayée à l'humour en parlant de le ramener à son hôtel ivre mort.
    Non, réfrènes tes ardeurs Selden. Ne baisses pas ta garde et contentes toi pour l'instant de prendre la température...

    Alors que la jeune femme se levait, il répondit à sa petite pique :
    - Je suis désolé de vous décevoir, mais je ne suis peut-être pas aussi raffiné que vous ne le pensiez. J'avais froid, aussi n'ai-je pas hésité à boire pour me réchauffer. Je dois avouer que le goût m'a surprit, mais j'ai déjà bu bien pire par le passé. Bien sûr, je bois plus souvent du bon vin et des eaux de vies de qualité. Mais avant d'y prendre goût, mon foi s'est forgé à coups de piquettes et d'alcools frôlâtes.
    Je vous ai déjà dit que je viens de la rue, et pas d'une riche famille. Que croyez-vous qu'un adolescent vivant dans les caniveaux de Bara puisse s'offrir alors qu'il en est arrivé à vouloir goûter aux plaisirs d'une première cuite en bonne et due forme ?

    La chevalière, toujours debout, venait de siffler son deuxième verre. Après y avoir seulement trempé les lèvres à plusieurs reprises, elle semblait s'être résignée à répondre à l'appel qu'un verre rempli clame haut et fort. L'appel qui pousse certains à le vider sans réfléchir.
    Était-ce là l'un de ses points faibles ? Ou bien était-elle en train de surenchérir pour prouver qu'elle aussi savait boire de la piquette à outrance ? Selden préféra penser que ce dernier geste était une petite provocation visant à voir jusqu’où lui-même pourrait aller. Soit. Si elle pensait le battre à plate couture dans ce domaine, elle se méprenait totalement. Mais peut-être pourrait-il en jouer. Il avala lui aussi son deuxième verre sans cérémonie avant de se saisir de la bouteille pour s'en servir un autre. Ce faisant, il ne jeta pas un seul coup d’œil à sa collaboratrice
    - Cette bière n'est pas plaisante de prime abord, mais on y prend goût finalement. Boirez-vous un troisième verre avec moi ?
    Sans la regarder encore en face, il tendit la bouteille dans sa direction, l'invitant à approcher son verre pour qu'il le lui remplisse à nouveau.
    - Je dois dire que je m'attendais à pire. Falias n'est pas réputée pour la qualité de ses alcools locaux... Mais peut-être pourrions-nous signer un nouvel accord visant à développer cela ? Je pourrais trouver facilement quelques brasseurs pour venir ici enseigner leurs savoirs. Et de rire avec légèreté à sa petite blague. Mais les on-dits sont souvent trompeurs et il me semble avoir déjà entendu parler d'un hydromel sans pareil venant tout droit de votre région. S'il existe, je me dois d'y goûter ! Savez-vous où je pourrais me procurer une bouteille de bon cru ?
    Enfin il daigna croiser son regard, reprenant quelque peu son sérieux, mais sans effacer totalement son sourire, celui d'un homme détendu. La partie n'était pas terminée, mais il sentait venir le commencement de dernière manche.
En ligne
Thæ ;
Hier à 23:52

avatar





Les raisons du commerce sont toujours les plus fortes. Selden & Thæ L’avantage de grandir au milieu d’hommes en tous genres, aux idées et aux aventures variées, c’est que l’on comprend rapidement leur fonctionnement. Et leurs clichés. Sans faire de généralités, Thæ savait pertinemment comment user de son image. Habile diplomate lorsqu’elle le voulait bien, elle avait beau être réticente à exercer ses zygomatiques en la présence d’autre personnes, elle n’hésitait pas à donner l’impression d’être faible. Les hommes sont bien tous les mêmes, à ses yeux, et il n’est pas difficile de leur faire croire à une ouverture. L’alcool servant de véritable illusion. Comme si un peu de piquette pouvait suffire à briser l’épaisse couche de glace qui recouvrait la coquille de la chevalière. S’intéresser à eux, ou du moins leur faire croire, jouer les éméchées, et ça y est, un mythe ce brise à leurs yeux et ils baissent leur garde, tandis qu’elle jubile. La jeune femme ignorait combien de temps cela prendrait, mais elle était patiente. Très patiente. Le marchand n’aurait certainement aucun sourire de sa part, mais les quelques fausses pistes qu’elle laisserait, faisant croire à une ivresse illusoire, suffiraient – d’autant plus qu’au vu de sa vocation, il noterait immédiatement un quelconque sur-jeu de la part de Thæ. Il lui fallait être prudente.

Alors le commerçant lui parla de lui. Légèrement, mais juste assez pour qu’elle comprenne qu’il avait l’intention de rentrer dans son jeu. Ou du moins qu’il y avait cru. Elle sourit intérieurement, attendant la suite. Il s’étendait. Non pas que ce soit rare, au contraire, mais il parla longuement de lui-même, sûrement ravi d’être sous le feu des projecteurs.

— Je me doute bien. Néanmoins le goût de l’alcool se perd, et l’endurance aussi. Aussi je pensais que vos papilles désormais trop habituées aux mets et boissons raffinés pour résister à celles de ce genre-ci.

Un autre verre. Pas comme si c’était difficile. La chevalière tenait encore parfaitement debout, et le feu lui réchauffait les os, augmentant sa volonté. Elle réprima un rire lorsque le marchand finit d’une traite le reste de sa coupe rustique. Rira bien qui rira le dernier. Thæ se contentait de l’observer sans mot dire, ne cherchant pas à entamer de conversation. Elle avançait à pas de loup, petit à petit, mais avait conscience qu’elle pouvait prendre le dessus, et retourner la situation.

Le marchand l’invita à prendre un troisième verre. Haussant les épaules, la chevalière accepta – au nom du devoir, bien sûr – et ne rechigna pas. Le contenu de la bouteille ne tarderait pas à en être absent, à ce rythme-là, et ce serait au premier qui roulerait sous la table. Or la jeune femme ne comptait pas s’effondrer ici, et encore moins devant son associé. Cependant, elle tiqua. Il ne daignait pas la regarder, fixant elle ne savait quoi. Elle demeurait interdite, ne comprenant pas quel message cela pouvait signifier.

En matière de relations humaines, Thæ était loin d’être calée. Elle ignorait presque tout ce qu’il n’avait aucun rapport direct avec les mensonges et apparences nécessaires à la politique et à la diplomatie. Sans surprise, puisqu’elle refusait de s’attacher aux personnes qui croisaient son chemin. Elle n'était même pas irritée par l’attitude de son interlocuteur, loin de vouloir s’en faire un ami. Juste surprise, car un tel changement pouvait par contre signifier que le marchand allait changer de tactique, et se refermer comme une huitre. Or, malgré sa détermination pour en savoir plus, la jeune femme ne comptait pas s’acharner sur lui outre-mesure.

Elle se contenta de glisser un léger « merci » après qu’il l’eut servie, et repris sa place près du feu. N’étant pas de Falias à l’origine, elle continuait à préférer la chaleur – comme n’importe quel être humain normal, à vrai dire – même si elle avait appris à résister aux températures, tout comme les autres habitants de Sedna.

Thæ écouta d’une oreille distraite les propos du marchand, essayant de deviner quand la tempête se terminerait en écoutant le bruit du vent. Un coup de tonnerre se fit entendre au loin, comme pour la pousser à abandonner tout espoir de finir sa soirée loin de son associé. Elle fixa à nouveau le marchand, qui riait à une blague dont elle avait du mal à comprendre le sens. Non pas qu’elle soit bête, mais l’humour ne faisait clairement pas partie des cordes qu’elle avait à son arc.

Puis il fit une remarque qui mit la puce à l’oreille de la chevalière. Elle fronça les sourcils, croisant finalement son regard. Elle ne pouvait s’empêcher d’imaginer que son hôte avait toujours une intention cachée derrière la tête. Mais elle était incapable de savoir laquelle ou de le prouver. Elle le darda d’un regard hautain.

— Décidément, monsieur Vestrit, il vous en faut toujours plus. Une vraie diva.

Elle porta son verre à ses lèvres, avant de jouer un peu avec son contenu, fixant l’alcool de mauvaise qualité refléter son visage blanc.

— Je crains que les termes « sans pareille » soient un peu exagéré au vu de ce que vous avez déjà pu goûter auparavant, cependant.

La bière n’allant pas tarder à manquer, elle n’aurait bientôt plus de moyen de tirer avantages de la situation. D’un geste résigné, elle indiqua à bout de bras l’emplacement de l’hydromel qu’elle avait aperçu plus tôt.

— Ne m’en voulez pas, je n’ai pas envie de quitter la chaleur du foyer. Je vous laisse vous servir, j’espère que vous ne serez pas déçu par ce « cru ».

Elle accentua le dernier mot avec ironie, en espérant que cette bouteille-ci serait la bonne, et qu’elle parviendrait à ses fins avec l’hydromel des artisans. Avec un léger et factice sourire en coin – elle était prête à faire des concessions –, elle ajouta sur un ton volontairement railleur :

— Vous me direz s’il s’agit cette fois d’un breuvage à la hauteur de vos espérances, et s’il serait bon d’en faire le commerce.

La chevalière en doutait fortement, mais préférait faire mine d’avoir compris le trait d’humour qu’il avait fait plus tôt, pour se donner un peu de contenance.  Elle suivit du regard le moindre de ses gestes, cherchant à déceler le moindre défaut d’équilibre, le moindre geste superflu, dans l’espoir d’y voir une faiblesse, une ouverture. Priant presque pour assister à une chute grotesque.

Cependant, Thæ était irritée de la résistance de son hôte. Elle avait conscience que ni l’un ni l’autre ne pourrait tenir éternellement, et qu’ils finiraient si ça se trouve par s’endormir sur place, ou se révéler leurs plus grands secrets pour mieux les oublier le lendemain, en se réveillant avec un mal de crâne atroce. Mais elle voulait absolument tenter le coup, essayer d’approcher de ses mains la carapace du marchand pour la palper, et, à tâtons, y découvrir une faille. Elle voulait qu’il se dévoile.

Mais la jeune femme savait qu’elle n’était pas au bout de ses peines.
©️ Justayne




En politique le choix est rarement entre le bien et le mal, mais entre le pire et le moindre mal.
ϟ Machiavel
Contenu sponsorisé ;






 :: Caelum :: Falias :: Forêt Maheo