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« Il y a bien longtemps avant même que les gens n'habitent dans le ciel. Une guerre terrible éclata entre les hommes et une Déesse malfaisante. Après des combats sanglants, nos ancêtres aidés de Dieu scellèrent le pouvoir de cette Calamité. Puis quittèrent la terre souillée et stérile pour construire leur avenir dans le Ciel. »
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La malédiction de Kur-Kigal - forum rpg

{ In wine there is wisdom, in beer there is Freedom, in water there is bacteria [Ft. Cassydie]
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In wine there is wisdom, in beer there is Freedom, in water there is bacteria [Ft. Cassydie], par Invité ► 13/4/2018, 23:23 ►
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J'espère que t'aimes
Ft. Cassydie
Thæ aimait Idye, peut-être autant que Falias. Elle y avait passé beaucoup de temps pour assurer la prospérité et le bon déroulement des affaires de Deyris – à savoir, le trafic de plantes et autres substances illicites. Elle n’aimait pas forcément mettre la main dans la boue et les affaires sales, mais elle le devait à sa dirigeante. Peut-être sa loyauté et son zèle était bien trop exacerbés chez elle, mais il lui semblait vivre pour une seule chose : Falias. Venue en tant que superviseuse d’un des derniers convois de marchandise, elle pouvait à présent prendre du temps pour se détendre, puisque le prochain bateau partirait le lendemain.

Elle arpentait à présent les rues de la capitale d’Idye. Elle appréciait le charme simple et franc de Bara, un village toujours enjoué et plein de surprises. Le soir était tombé, ou presque, et les rues était encore remplies de monde. A Falias, la nuit arrivait si vite, et avec elle, le froid, que les gens s’enfermaient très tôt chez eux, en général. Autant, cela ne la dérangeait pas de passer ses soirées au coin du feu, seule ou accompagnée, ou dans une taverne, mais l’ambiance était drastiquement différente là-bas que celle de Bara. A chaque coin de rue se trouvait un bar, et s’en échappaient des cris de joie et des rires tonitruants. Thæ avait le sourire aux lèvres, se considérant en vacances. Elle avait troqué sa tenue militaire pour un simple pantalon de toile crème et un léger débardeur blanc. La température d’Idye la satisfaisait complètement, parfait équilibre entre le froid infini de Falias et l’écrasante chaleur de Majoris. De toutes les régions dans lesquelles elle avait l’occasion de voyager, pour le compte de Deyris ou pour accompagner cette dernière, là où elle se sentait le plus à l’aise, que ce soit pour les affaires ou pour le plaisir, était Idye. Les gens vivaient simplement, sans se poser de question et sans chercher à créer de problèmes, ce qui facilitait grandement la tâche de la chevalière.

Décidant de passer une soirée tranquille, et suivant l’exemple des habitants de Bara, elle entra dans un bar, avec la ferme intention de se laisser aller. Changeant de masque, elle troqua celui de la froide diplomate pour celui d’une jeune femme des plus banale, à ceci près que tout sembler indiquer qu’elle était originaire de Falias : une peau diaphane et des cheveux d’ivoire, quand bien même elle n’avait été qu’adoptée par la glace.

La chevalière se laissa choir sur un siège du comptoir, à côté de deux gros bras, qui ne manquèrent pas de lui faire de la place lorsqu’elle leur lança un regard plus froid que le marbre du bar. Satisfaite, elle observa les gens autour d’elle, et patienta, le temps qu’un serveur vienne lui demander ce qu’elle désirait. Observant les plats dans la salle, elle sentit son estomac crier famine, et se dit qu’elle pouvait déjà commencer par régler ce problème. Elle commanda des plats de calamars et de poissons, et les savoura lentement. Être envoyée dans les autres régions de Caelum avait du bon, dans ce genre de moment.

A Falias, mis à part le poisson séché, ou alors le saumon et les harengs, à quelques rares période de l’année, il était impossible de savourer des plats d’une telle richesse. Les habitants de la région Ouest tournaient surtout à la soupe, la viande n’étant présente au repas qu’au moment de la chasse. Elle demanda à être servie de cidre, pour accompagner ses plats, et c’est bien après avoir fini ce dernier, évidé deux mains baladeuses, un accostage lourdingue, et bu trois – ou quatre – verres de plus, avec les yeux déjà pétillants, qu’elle avisa la présence familière d’une jeune femme, pas très loin d’elle. Thæ mis de l’ordre dans ses pensées, et essaya de retrouver le nom de la rouquine. Elle ne la connaissait peut-être même pas, et l’alcool lui brouillait peut-être les pensées, mais elle aurait juré avoir déjà rencontré une femme avec une telle descente – la chevalière fixait à présent les verres vides à côté de la rousse. Elle plissa les yeux : était-elle joueuse de luth ? Elle ne s’en souvenait plus, ou alors se trompait totalement de personne.

Peu importe, elle s’approcha de l’autre jeune femme, et tenta le tout pour le tout :

— Salut, commença-t-elle avec un sourire, ça fait longtemps, tu te souviens de moi ?

Au pire, elle pourrait toujours s’excuser en disant que l’alcool lui faisait faire n’importe quoi. Son verre à la main, elle ajouta :

— C’est pas terrible de boire seule, tu veux de la compagnie ?

Ravie de ne plus sentir, au moins pour cette soirée, le poids du devoir sur ses épaules, elle fixait son interlocutrice avec une moue amusée.

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In wine there is wisdom, in beer there is Freedom, in water there is bacteria [Ft. Cassydie], par Invité ► 14/4/2018, 23:33 ►
S'il faut être seul un soir, autant l'être à Bara. Chacun y trouvait son compte, aussi bien les groupes de fêtards que les travailleurs solitaires. Je faisait parti de la seconde catégorie, du genre de personnes qui s'affalait sur un siège au bar du coin, puis buvait et buvait encore pour oublier la journée éreintante qui venait de se terminer. La semaine qui venait de passer n'avait rien d'inhabituel, elle avait même été tristement normale, et c'était bien cela le problème. Absolument aucun événement capable de sortir de l'ordinaire, aucune histoire à raconter, aucun détail mémorable. Il y avait toujours quelque chose : un client aux manières étranges, un instrument particulièrement difficile à accorder, une bêtise inédite du chat... Mais cette semaine : rien. C'était en partie pour cette raison que je me dirigeais vers le bar du coin de la rue, mon épée à la ceinture, comme à mon habitude lorsque j'allais boire un verre. Avec un peu de chance, je tomberais sur un potentiel adversaire et la soirée se finirait en duel d'épées sur les embarcadères. Oh oui, un bon petit combat, voilà qui me permettrait d'évacuer la frustration...

J'entrai dans un premier bar, fis le tour de la salle du regard et repérai rapidement une table de joueurs, dont les participants ricanaient en lançant une série de dés entre leurs verres. Je pris juste le temps de commander une bière avant de les rejoindre. Les manches se succédaient, mon argent s'envolaient dans les poches de mes adversaires et mon premier verre se retrouva rapidement vide. Celui-ci fut suivi d'un second, qui se vida tout aussi rapidement que le premier, peut-être même encore plus rapidement à cause de la frustration de perdre chacun de mes paris. Bon sang, même le destin ne voulait pas m'accorder une fin de semaine lucrative !

Je pris congé des autres joueurs et sortis du bar en pestant, non sans avoir oublié de les avoir accusé de tricherie. Le ton était quelque peu monté mais nous nous en étions tenu aux insultes (dommage, mon épée brûlait de sortir de son fourreau). Je changeai donc d'endroit, préférant un lieu plus calme pour passer le reste de la soirée avec le peu d'argent qu'il me restait. J'optai pour un bistrot à quelques rues de la boutique et m'installai à une table dans un coin de la pièce, quelque peu à l'écart : la seule personne avec qui j'accepterais encore de parler ce soir serait le barman, et uniquement pour lui demander de remplir mon verre. Il m'en apporta deux remplis, qui ne le restèrent pas bien longtemps. Boire pour oublier ma vie sans intérêt... Peut-être pas la solution la plus sage, mais elle me convenait parfaitement.

Après... (combien de temps d'ailleurs ? Je n'avais déjà plus la notion du temps qui s'écoulait !) ... un certain temps, une jeune femme aux cheveux de marbre s'avança vers ma table, et je levai mes yeux de mon verre pour les poser sur son visage.

- Salut,  ça fait longtemps, tu te souviens de moi ?

Oui, ça faisait longtemps... Du moins, je le supposais car sa tête ne me disait absolument rien. Quand elle proposa de s'installer à mes côtés, je lui souris franchement et l'invitai, d'un geste de la main, à prendre place en face de moi :

- Oui, viens, je t'en prie, même si je me rappelle absolument pas de toi.

Je pris le temps d'observer ses traits, plissant les yeux pour dissiper les effets de l'alcool qui se faisaient déjà ressentir. Elle me disait quand même quelque chose... Mais pour ma défense, je n'avais jamais été physionomiste. Je n'avais que des intuitions à son sujet, comme celle qui me chuchotait à l'oreille qu'elle venait Falias. Or, je ne me rendais que rarement dans les contrées de l'ouest, bien qu'il me soit arrivé de les parcourir quelques années auparavant. À moins que ce ne soit une cliente ? J'en doutais, je ne l'imaginais pas une guitare à la main. Je l'aurais plutôt vue en mercenaire, garde ou n'importe quelle autre profession dont la nécessité de posséder un instrument de musique était peu probable.

- Tu viens de... Falias, c'est ça ?

Un début de conversation pareil ne pouvait pas mener bien loin... Je ne laissai pas le temps de répondre à mon interlocutrice et proposai, sur un ton résolu :

- Tu sais quoi ? Rappelle-moi plutôt qui tu es, quand et - surtout - comment on s'est connues. C'est pas contre toi, mais j'ai pas vraiment de mémoire pour ce genre de chose. Surtout ce soir.

J'illustrai mes propos en levant mon verre pour le porter à mes lèvres pour avaler quelques gorgées de son contenu. Au moins, me remémorer mes aventures avec cette personne dont le nom ne me revenait toujours pas me permettrait de passer le temps. Bon, ça ne valait pas un duel d'escrime, mais ça ferait l'affaire !
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In wine there is wisdom, in beer there is Freedom, in water there is bacteria [Ft. Cassydie], par Invité ► 16/4/2018, 17:41 ►
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Beuverie
Ft. Cassydie
Voyant la jeune femme encline à partager sa table et sa soirée, le sourire de Thæ s’agrandit – seul l’alcool avait le pouvoir d'actionner les zygomatiques de cette dernière – et elle prit place en face de sa nouvelle compagne de boisson. Elle non plus, ne semblait pas se souvenir de la nouvelle venue. Les voilà bien, la chevalière n’ayant en vérité aucun moyen de se rappeler exactement de la manière dont elle avait pu rencontrer la rouquine. Elle en profita pour l’observer, et remarqua la présence d’une épée à ses côtés, ce qui lui parut digne d’intérêt. Elle-même était armée, sous ses légers vêtements, mais préférait ne pas dévoiler toutes ses cartes avant de devoir mettre une lame sous la gorge d’un adversaire un peu trop collant.

Les deux jeunes femmes se fixèrent mutuellement, cherchant à mettre un nom sur un visage pourtant familier. Il était vrai que Thæ ne venait pas souvent à Idye, mais elle était cependant persuadée d’avoir déjà croisé celui qui lui faisait face.  Des traits fins, la peau hâlée par le temps clément de l’île – l’opposé de la chevalière, à la peau aussi blanche que la neige – elle aurait dû s’en souvenir, sûrement.

Ce fut lorsque la rousse ouvrit la bouche, pour préciser qu’elle ne se souvenait pas non plus d’elle, que le déclic se fit, du moins, en partie. Elle hocha vigoureusement la tête, avant d’alpaguer le barman pour prendre de la bière, cette fois.

— Oui, je suis de Falias, commença Thæ avant de marquer une pause, sirotant par la même occasion la boisson fraîche que le serveur venait de déposer sur la table. Je comprends, j’étais à peine sûre qu’on se soit déjà croisées, je t’avoue.

Réfléchissant un instant, la chevalière posa brutalement son verre sur la table, et lâcha un soupir satisfait – la bière n’avait rien à voir avec le brûle-gosier de sa région.

— Si je ne me trompe pas, tu es venu y’a longtemps à Falias. Je suppose que c’est normal qu’on se soit croisée, je suis chevalière, et je me déplace souvent dans Sedna et même à l’extérieur, j’assure les connexions entre le haut de Falias et son peuple, en général.

Thæ plissa les yeux, fixant de son regard glacé, mais empreint de curiosité, la rouquine devant elle, avant d’ajouter :

— On n’aurait pas déjà bu un coup ensemble, d’ailleurs ? demanda-t-elle.

Une grande sensation de déjà-vu envahissait la jeune femme, et elle ne pouvait qu’en faire part à sa compagne de table. Croisant les jambes, et avec un sourire franc, elle tendit la main vers cette dernière :

— Peut-être de nouveau, alors : je suis Thæ Helvall, chevalière de Falias, ravie de te rencontrer.

Elle appréciait la compagnie lors des soirées arrosées, et si la jeune femme se révélait être une partenaire de boisson.

— Tu es venue en voyage chez nous il y a quelques temps déjà, je crois. C’était sympa, ça a égayé Sedna de t’entendre jouer de la musique, tu es troubadour ou quelque chose comme ça, non ? Enfin, tu te déplaçais pas mal à ce moment-là, il me semble.

Avalant une nouvelle gorgée d’alcool, Thæ laissa le temps à la jeune femme de répondre, puis, son regard amusé se porta sur l’arme de cette dernière.

— C’est une simple mesure de précaution ou un passe-temps dangereux, ta lame ? C’est plutôt rare de voir quelqu’un se promener avec ça ici.

A Falias, entre les bêtes sauvages et les bandits – quoique la différence soit bien mince –, les gens se devaient d’être prudents. Mais Idye était, aux yeux de la chevalière, un véritable havre de paix. Certes, elle-même était armée, car il ne faisait jamais bon d’être seule la nuit, surtout ivre, mais le commun des habitantes de Caelum préférait être prudentes ou accompagnées, plutôt que d’afficher une arme à leur taille. D’autant plus que tous les hommes et les femmes ne savaient pas manier de lame, et encore moins sous l’effet de la boisson.

Dans tous les cas, c'était là un point commun qui promettait d’être intéressant pour la suite de leur soirée.
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In wine there is wisdom, in beer there is Freedom, in water there is bacteria [Ft. Cassydie], par Invité ► 20/4/2018, 17:02 ►
Il était aisé de reconnaître un visage lorsque l'on connaissait le contexte dans lequel on l'avait rencontré auparavant. Or, dans ce cas précis, je n'avais absolument aucun indice sur l'identité de la jeune femme qui me faisait face. J'avais connu des tas de personnes lors de mes haltes à Falias, et chacun des mes arrêts dans la région remontaient à plusieurs années. Rajoutez à cela le fait que je ne sois pas physionomiste pour un sous et vous obtiendrez une situation aussi ridicule que celle-ci, ou les interlocutrices ignoraient d'où venait cet air de déjà vu qui les habitait. Heureusement pour moi, la femme aux cheveux blanc semblait avoir quelques bribes de souvenirs quant à notre rencontre, ou au moins quelques pistes. Elle affirmait être une chevalière de Sedna, remarque qui me fit plisser les yeux dans un nouvel effort pour me souvenir d'elle sur base de cette nouvelle information. J'aurais dû me souvenir de quelqu'un occupant cette fonction, moi qui était tant fascinée par ceux qui défendaient le royaume. Fut un temps où j'aurais donné n'importe quoi pour avoir la chance de rencontrer un de ces chevaliers, peut-être devenir son apprenti pour, un jour, embrasser le métier des armes à mon tour. Qu'elle était loin la petite fille qui rêvait de chevalerie...

Au fil de la conversation, il me semblait me rappeler de certains détails de mon voyage à Sedna, me remémorer de manière très vague ma rencontre avec la jeune femme quelques années plus tôt. Je devais avoir dix huit ans à l'époque, ou guère plus. Je venais de quitter la boutique familiale, m'étais lancée sur les routes sans trop savoir où mes pas me mèneraient. Il se trouva qu'ils me guidèrent à Falias, où je jouais du luth pour récolter quelques pièces en attendant de trouver un véritable travail. Dans mon désespoir, j'avais même chanté dans quelques tavernes, moi qui détestais pourtant ce qui touchait à ce domaine. Ma mère m'avait toujours répété que j'avais une voix atypique, une "voix de trottoir" comme elle disait, un peu rauque et grave mais qui, lorsqu'on la travaillait assez, pouvait donner une nouvelle vie à certaines chansons.

- C'est vrai que je bougeais pas mal à ce moment-la, je cherchais du travail. J'ai fini par en trouver, même si je ne l'ai pas gardé longtemps. Contente de te revoir, Thae Helvall, chevalière de Falias. Moi c'est Cassydie Borden, luthière à l'Archet du Nord, à quelques rues d'ici.

Je ponctuai ma phrase d'un sourire sincère avant de reprendre une gorgée de cidre pendant que Thae poursuivait. Apparemment, l'épée à ma ceinture n'était pas passée inaperçue. Nouveau sourire en éloignant le verre de mes lèvres.

- Un peu des deux. J'ai déjà eu de mauvaises surprise étant plus jeune, donc je préfère toujours avoir de quoi me défendre... C'est aussi un bon moyen de se défouler, surtout après une dur journée de travail.

Je laissai la phrase ne suspens quelques instant, toisant la chevalière avec une lueur de défi dans le regard.

- D'ailleurs, si un combat te tente...

Une nouvelle pensée vint interrompre ma phrase. Je me redressai brusquement sur ma chaise et reposai avec un peu trop de précipitation mon verre, dont une partie du contenu se répandit sur la table. Je m'en moquais, je venais d'avoir une révélation.

- Je sais !

L'excitation m'avait fait crier ces deux mots, si bien que les discussions dans le bar s'arrêtèrent un instant pour laisser le temps aux clients de connaître l'origine de ces cris. Ils reprirent bien vite leurs conversations lorsqu'ils virent qu'il ne s'agissait que de moi, dont l'alcool commençait à me monter à la tête.

- Je me rappelle de notre rencontre ! Oui, on avait bu un verre ensemble ! Je m'étais plaint que la bière était pas terrible. Je pense même t'avoir déjà proposé de croiser le fer à l'époque.

Je commençais à me souvenir de la scène qui s'était jouée dans ce bar de Sedna quelques années auparavant. J'y avais joué du luth quelques soirées, bien que j'y passais le plus clair de mon temps à boire plutôt qu'à pousser la chansonnette.

- Je trainais pas mal dans ce bar, le... Au tonneau percé ? Un truc dans l'genre...

Je retenais plus facilement le nom des bars que le nom de mes interlocuteurs, malheureusement pour moi. Je fixais Thae, soudain bien moins sûre de ce que j'avançais : c'était bien elle que j'avais rencontré là-bas, n'est-ce pas ... ?
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In wine there is wisdom, in beer there is Freedom, in water there is bacteria [Ft. Cassydie], par Invité ► 23/4/2018, 23:57 ►
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Beuverie
Ft. Cassydie
Lorsqu’elle entendit le nom du commerce de la jeune femme en face d’elle, Thæ plissa les yeux et réfléchit. Effectivement, elle avait entendu parler de l’Archet du Nord, mais était presque certaine de ne jamais y avoir mis les pieds. Néanmoins, la rouquine lui avait confirmé qu’elle avait pu aisément passé par Falias et Sedna, au cours de ses voyages. Son nom ne sonnait cependant pas familier aux oreilles de la jeune femme aux cheveux d’albâtre. Son interlocutrice la gratifia d’un sourire franc, auquel l’alcool poussa Thæ à l’imiter, alors qu’elle était loin d’avoir l’habitude d’étirer ainsi ses zygomatiques. Elle se promit de faire un tour par l’échoppe de Cassydie, avant de repartir, ou lors d’un prochain voyage, en fonction du temps qu’elle aurait.

Sans trouver la question sur son épée indiscrète – rares sont les questions indiscrètes, vous me direz, avec quelques verres d’alcool –, la jeune femme y répondit naturellement, évoquant une double raison à la présence de son arme. De son côté, la chevalière hochait la tête en signe d’assentiment, tout à fait d’accord avec les propos de sa voisine de table, tout en portant son verre à ses lèvres. Les rues ne sont jamais sûres, peu importe les régions. Il y a toujours quelqu’un qui rode, ou un animal affamé, et ce même dans les quartiers les plus huppés.

Un soupçon d’amusement traverse le regard clair de Thæ lorsque Cassydie lui propose, sur le ton d’un défi, un duel, et un sourire s’étire sur ses lèvres. Non plus un sourire alcoolisé, mais un rictus de pure joie, tant la perspective d’un duel enflamme l’esprit de la chevalière.

Mais la rouquine se leva brusquement en abattant violemment son verre sur la table. Son contenu roula jusqu’au bord de la table, et le regard de Thæ allait du visage déterminé de sa compagne au liquide qui menaçait de s’abattre sur son vêtement blanc. Elle se déplaça sur son siège, sans perdre une miette du spectacle. Plus aucun son ne parvenait à ses oreilles. Ou bien elle était devenue sourde, ou bien tout le monde dans la pièce avait le regard braqué sur elles. La chevalière jeta un coup d’œil autour d’elle : ce devait être la seconde raison.

Mais constatant que ce n’était rien de digne de leurs ragots, ils retournèrent à leurs boissons et à leurs conversations. Cassydie semblait presque plongée dans une transe, à mesure que ses souvenirs affluait, lâchant des déferlantes de mots que Thæ tentait tant bien que mal d’assimiler, avec ses quelques neurones encore valides. Effectivement, les contours d’une scène se dessinaient petit à petit dans l’esprit de la cavalière – restait à savoir si son cerveau ne les inventait tout bonne ment pas.

— Tu as parfaitement raison ! s’exclama-t-elle à son tour, sur le même ton.

Regards réprobateurs de la salle, qu’elle ignora.

— Je dois reconnaître que tu avais raison de te plaindre ! admit la chevalière en riant de bon cœur. La bière n’y est pas fameuse, mais l’ambiance ne laisse pas à désirer, dès que les cœurs sont assez chauds. Je dois cependant avouer que rien ne vaut Bara dans ce domaine-là.

Avec un sourire, elle abattit son verre sur la table et se pencha vers sa voisine comme pour lui faire une confidence. En réalité, la chevalière parlait relativement fort, mais pas plus que sa compagne.

— Il me semble qu’à ce moment-là, je nous n’avions pas eu le plaisir de croiser le fer. L’ambiance se prête rarement aux duels éméchés, puisqu’il y fait tout le temps froid le soir. Mais ici, elle se redressa légèrement et désigna l’auberge d’un ample mouvement de bras, pourquoi se refuser ce plaisir ici, dans cette merveilleuse ville qu'est Bara ?

La mémoire lui revenait à son tour. Les gens de l’auberge les en avaient empêchées, faute de quoi elles seraient sorties dans le froid et la tempête ivres morte et n’auraient certainement pas vu le lever du soleil le lendemain.

Thæ haussa un sourcil provocateur, avant d’ajouter :

— Que dis-tu de remettre ça, Cassydie Borden ?

Elle sorti de ses bottes deux dagues, qu’elle fit dangereusement jouer entre ses doigts agiles, un sourire de défi collé aux lèvres.

La soirée promettait d’être animée.
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In wine there is wisdom, in beer there is Freedom, in water there is bacteria [Ft. Cassydie], par Invité ► 29/4/2018, 21:17 ►
Tout le monde avait levé le ton dans la taverne, histoire de se faire entendre malgré les beuglements des deux gourdes éméchées de la table d'à côté. Moi, j'étais la gourde rousse qui souriait comme si elle avait gagné à la loterie. Malheureusement, j'étais toujours aussi fauchée mais au moins, j'avais reconnu la personne à qui je parlais depuis un bon quart d'heure. Et -miracle - elle semblait également se rappeler de moi. Lorsque Thae se pencha sur la table, je l'imitai, prenant cet air solennel de rigueur si l'on s'apprêtait à vous révéler le secret de l'immortalité ou une autre merveille semblable. Le chevalière ne me confia aucun secret, mais ce qu'elle m'annonça m'enjoua encore davantage : elle acceptait le défi. Je suivis du regard le mouvement avec lequel elle désigna la salle tout en distillant ses paroles pour en extraire le sens. Je ne parvenais pas à me souvenir des raisons pour lesquelles notre duel n'avait pas eu lieu pendant notre première rencontre, mais cela avait-il vraiment de l'importance ? Je venais de trouver une partenaire pour croiser le fer et je m'échinais à rattraper des souvenirs qui remontaient à plusieurs années !
Mon sourire s'élargit, à l'image de celui de mon interlocutrice. Mes yeux pétillaient d'excitation et mes jambes voulurent me mettre debout.

- Ça me dit carrément !

Je portai à mes lèvres mon verre presque vide et le terminai en quelques gorgées, après quoi j'abattis la choppe sur la table. Nouveaux regards méprisants de la part des clients. Je portai ma main à la garde de mon épée et la dégainai d'un geste que je voulais le plus fluide possible. Thae avait ses dagues, j'avais ma lame. Je la pointai vers le plafond en bombant le torse, essayant de me donner des allures d'héroïne, de chevalière, de pourfendeur de dragons.

- Que le duel commence !

J'avais hurlé cette phrase, mais le silence qui suivit fut davantage causé par la présence de mon arme hors de son fourreau que par ma déclaration de guerre. Chaque client s'inquiétait de voir une jeune femme à moitié saoule magner une telle épée à quelques mètres d'eux. Mais aucun ne semblait aussi inquiet que le barman qui nous interpella de derrière le bar :

- Hey ! Pas ici. Si vous voulez vous étriper, c'est dehors !

Je mis un certain temps à traduire les vociférations du gérant, mais elles eurent le bénéfice de me faire baisser mon arme. Je grognai et me dirigeai vers le bar, la lame traînant sur le parquet. Je tanguais légèrement, essayais tant bien que mal de marcher "normalement" et donner un impression de sobriété. Cela produisit l'effet inverse, sans grande surprise. Je m'appuyai sur le comptoir en bois et jetai un œil aux différentes bouteilles présentées.

- D'accord. On va dehors... Mais je veux une bouteille de... ça !

Je pointai mon épée vers une bouteille au hasard et je vis le barman se reculer légèrement, se demandant s'il s'agissait d'une menace. Heureusement pour moi, il me connaissait bien (je ne comptais plus les soirées que j'avais passées dans son établissement) et se contenta de m'adresser un regard désapprobateur.

- Tu as de quoi payer ?
- Évidemment.

Je fouillai mes poches, en sorti les quelques pièces rescapées des désastreux paris de la soirée. Pas assez. Les clients purent à nouveau entendre ma voix criarde qui demandait à la chevalière :

- Thaeeeeee, t'as de la monnaie ?

Quelques minutes plus tard, nous étions dehors, le long du lac, longeant les docks. Mon épée dans une main et la bouteille de cidre dans l'autre, je tentais d'expliquer clairement les règles à ma future adversaire :

- Dès qu'on est touchée, on boit un coup. Ça fera une sorte de pénalité, tu vois ? Ou alors peut-être pas à chaque fois qu'on se fait toucher... plutôt si on abandonne ou que l'autre pourrait nous tuer mais qu'il ne le fera pas. On ne va pas se battre jusqu'à la mort. Ce serait pas drôle.

Je terminai ma phrase en gloussant, imaginant déjà la scène. Je n'avais aucune idée de l'endroit où nous allions et je réagissais à chaque nouvelle information avec quelques secondes de retard. Un duel dans cet état, je ne donnais pas cher de ma peau... Je finis par m'arrêter, regarder autour de moi en cherchant je ne sais quoi des yeux.

- Ici, ce s'ra très bien. (Je levai mon épée, me mis dans ce qui ressemblait à une position de combat et lançai à la chevalière) En garde !
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In wine there is wisdom, in beer there is Freedom, in water there is bacteria [Ft. Cassydie], par Invité ► 10/6/2018, 03:14 ►
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Beuverie
Ft. Cassydie
Thæ n’avait plus qu’une vague idée de ce qu’était le devoir. A l’heure actuelle, elle s’en contrefichait pas mal. S’oublier dans un bar de Bara n’était que le cadet de ces soucis. Certes, elle aurait pu tenir son rôle de représentante de Falias jusqu’au bout, agir comme la chevalière qu’elle était, et se contenir, surtout en public, mais non. L’alcool qu’elle avait ingéré depuis quelques heures était là pour témoigner de son inconscience. Elle qui d’habitude était si stricte avec elle-même devant des étrangers, était là, parmi une foule d’inconnu presque aussi éméchés qu’elle, à proposer un duel armé à une citadine dont elle n’avait qu’un bref souvenir – et en plus elles avaient visiblement déjà voulu se rentrer dedans ivres mortes, à croire que c’est une vilaine manie – et qui en plus lui demander de régler sa note.

Effectivement, la chevalière s’était levée à la suite de Cassydie en voulant jouer de ses dagues. Alors que celles-ci allaient s’abattre sur la table de bois, le tavernier nous sermonna en nous intimant d’aller nous battre dehors, sous le regard réprobateur des autres clients. D’habitude, Thæ aurait courbé l’échine, et se serait excusée au moins dix fois, en espérant de pas créer de scandale diplomatique. Là, dans l’état où elle était, elle aurait presque espéré en créer un, et se contenta d’accueillir l’ordre de l’aubergiste d’un grognement.

Avant de la suivre, elle termina toutefois les dernières gouttes de sa boisson. Sa gorge, comme celle de n’importe quel ivrogne, lui semblait désespérément sèche. C’est donc avec un sourire ravi qu’elle accepta de payer la majeure partie du prix de la bouteille demandée par sa compagne de beuverie.

Cassydie était amusante. Au moins quand elle était ivre, et certainement en temps normal. Du moins, c’était ce que supposait Thæ, qui ne la connaissait concrètement pas. C’est d’un œil mi compatissant mi moqueur que la chevalière contemplait la démarche brinquebalante de sa nouvelle amie, louchant sur sa lame. Le barman avait l’air de connaître le phénomène Borden, et accepta de lui échanger une bouteille contre quelques pièces, tout droit sorties des poches de Thæ.

— Ouai, j’ai, se contenta-t-elle de répondre sans aucune grâce, en abattant sur le comptoir l’argent du, ce qui fit à nouveau grincer les dents des autres clients.

Visiblement, leur départ était un soulagement pour tout le monde.

L’étrange duo se dirigea ensuite vers le port. Bah oui, ivres et armées, il ne manquait plus que l’une d’elle ne se noie, et elles auraient l’air fines. Etonnement, aucune des deux ne semblait avoir conscience du danger, et Thæ se contentait de savourer la bise fraiche qui venait du lac. Lorsque Cassydie prit la parole pour expliquer les règles de leur petit duel, la chevalière plissa les yeux et se rapprocha pour mieux saisir ses paroles. Non pas que c’était compliqué, mais elle avait du mal à associer leur sens aux mots, et répéta plusieurs fois les paroles de Cassydie, comme une vieille femme malentendante. En même temps, sans trop se préoccuper de la réaction de son interlocutrice, elle entreprenait de toucher son nez avec sa langue, dans un acte d’ivresse totalement décomplexé. Elle, grande chevalière, se retrouvait à faire des singeries au bord de l’eau, complètement inconsciente de son rang. Mais cela avait du bon, et c’était si rare qu’elle avait décidé d’y aller à fond. Une dernière cuite, pour une dernière soirée, s’était-elle dit plus tôt.

Un silence accueillit la fin des explications de l’autre jeune femme. Thæ interrompit sa ridicule mimique, sans être parvenue à toucher le bout de son nez, et la fixa en hochant vigoureusement la tête.

— Un coup… Il ne le fera pas… Pas drôle…

Le reste du temps, elle hochait la tête bêtement, avec un sourire idiot. Les règles fixées par Cassydie lui plaisaient bien, à tel point qu’elle voudrait presque perdre.

— Ça me va ! s’exclama-t-elle ensuite avec un temps de retard et en gloussant comme son interlocutrice.

Thæ leva ensuite ses dagues, répondant à l’invitation de la jeune femme. Ses bras, tout comme le reste de son corps en réalité, étaient lourds, si lourds qu’elle avait l’impression d’être une touriste dans un camp d’entrainement pour vétéran, avec ses lames. Elle pourrait bien amocher Cassydie par mégarde.

La chevalière, loin de vouloir tuer sa compagne, loucha sur ses dagues en essayant d’éviter toute attaque de cette dernière. Dans leur état, il lui suffisait de reculer. Zigzaguer lui donnant envie de vomir, elle assaillit la jeune femme de quelques légers coups, afin de reprendre la main, ce qui n’étais pas vraiment aisé dans ces conditions.

A un moment, elle donna trop de force à son élan, et partit en avant, passant sous le bras gauche de Cassydie, la tête la première. Elle se vautra avec la grâce d’un élan mort sur le sol des quais, une jambe dans le vide. Elle se releva en riant, les coudes et les avant-bras douloureux, et adressa un regard de défi à son adversaire.

— Tout était prévu, mentit-elle malicieusement, je t’ai touchée, ajouta-t-elle en pointant du doigt une éraflure sous le bras de la rouquine.

Epoussetant ses affaires encore légèrement blanches, elle haussa le ton et se dirigea vers la bouteille de cidre, qu’elle empoigna et tendit à Cassydie comme mon montrerait un gros poisson, puis se remit en position.

— Allez, dit-elle en lui faisant signe d’approcher, j’ai envie de goûter à ce cidre, moi aussi.

Elle fit lentement tourner ses dagues dans ses doigts, et attendit la suite de ce ridicule combat, sa tête retombant mollement sur ses épaules.
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In wine there is wisdom, in beer there is Freedom, in water there is bacteria [Ft. Cassydie], par Invité ► 10/6/2018, 14:57 ►
Je n'avais aucune idée de ce que je faisais : les enseignements d'années d'entraînement refusaient de me revenir à l'esprit et j'en venais à me poser des questions stupides. Ça se tient comment un épée déjà ? Et c'est bien le pied droit devant ? Pour attaquer, c'est la lame en avant ?... Les automatismes s'étaient envolés et je me demandais comment j'avais fait durant toutes ces années pour me servir de mon arme sans me faire occire. Même en position d'attente, je bougeais sans cesse, réajustant la position de mes mains sur la garde de l'épée, tanguais comme si je me trouvais sur le pont d'un de ces navires à quai, essayais tant bien que mal de garder mon attention sur mon adversaire. Bon sang, elle avait toujours été aussi lourde cette épée ?...

Répondant à un signal silencieux, nous nous élançâmes l'une vers l'autre. La danse pouvait commencer. Et quelle danse ! Un combat sans queue ni tête, où les combattantes fendaient l'air de leurs armes respectives, tentant de toucher l'autre mais pas trop gravement. Mes bras balançaient mollement l'épée vers Thae, son poids m'emportant à chaque mouvement. Je peinais à discerner les armes de mon adversaire dans cette obscurité, et l'alcool rendait ma vision floue. Je voulais parer, esquiver et attaquer en même temps, si bien que mes pieds bougeaient sans cesse sans que j'attende de rétablir mon équilibre. J'aurais fini par m'étaler par terre si ma concurrente n'avait pas eu la bonne idée de le faire à ma place. Je vis cette fille aux cheveux blancs foncer vers moi, ne réagis pas tout de suite, me contentant d'écarquiller les yeux pendant que mes muscles tentaient de se coordonner pour éviter la jeune femme. L'épée me glissa des mains et je levai instinctivement les bras pour me protéger de l'impact. Mes pieds réagirent avant moi et je chancelai sur le côté pendant que la chevalière s'affalait sur les pavés. Ma main saisit un tonneau, ce qui me permis de ne pas entièrement perdre l'équilibre et me laissa le temps d'observer la posture de Thae. J'éclatai de rire, un rire fort et disgracieux qui me plia en deux. J'avais juste envie de rire, pour tout ce qui s'était passé et tout ce qui se passerait ensuite. Impossible d'arrêter ou même de me redresser, j'étais prise au piège dans mon fou rire. La chevalière se releva, bredouilla une excuse que je ne parvins pas à saisir mais qui me sembla extrêmement drôle puisqu'elle accentua encore mon fou rire. Je me tenais le ventre, ne pus rester debout plus longtemps et continuer à m'esclaffer au sol. Il fallut un long moment pour que je me calme et regarde le fin trait rouge qui tachait mon bras gauche. J'observais le liquide pourpre s'échapper de la plaie, me demandais s'il s'agissait de vin ou de peinture. Ou bien du sang, c'est vrai que ça commençait à faire un peu mal. Ah oui, Thae m'avait peut-être touché... Mon cerveau fit instinctivement le lien : je devais boire !

Je me relevai, m'aidant de mon ami le tonneau pour parvenir à mes fins, et saisis la bouteille que me tendait ma camarade. Une, deux, trois gorgées. C'était reparti ! Je déposai la bouteille sur la tête du malheureux témoin de la scène, à savoir le baril, et allai reprendre mon arme qui patientait sur le sol.

- Arrête de bouger, j'arrive...

Ma tête peinait à rester droite et un nouveau gloussement s'échappa de mes lèvres. Ma blessure avait eu l'avantage de me ramener sur terre, de me faire prendre conscience qu'on ne se battait pas avec des cure-dents mais bien avec de vraies armes. Il suffisait de se concentrer pour réussir à toucher ma cible, rien de plus simple. Peut-être que si je fonçais épée en avant, ça marcherait ? J'estimai qu'il s'agissait d'une bonne idée et m'exécutai, courant vers mon adversaire, l'arme brandie telle une lance. S'en suivit une série de coups, de plus en plus violents car, c'est bien connu, quand on n'arrive pas à toucher sa cible, c'est qu'on n'a pas frappé assez fort. Mais l'arme était lourde et le combat me sembla fort déloyal. Je ne possédais qu'une grande arme et elle, deux petites. C'était pas juste... Pourtant, dans un sursaut de lucidité, je parvins à sortir une feinte capable de berner à la fois ma concurrente mais également celle qui porta le coup (à savoir moi-même, apparemment). J'entaillai Thae au niveau de la cuisse et cessai immédiatement de combattre.

- Waaaaaa ! (je fixais mon épée comme si elle était habitée d'une âme propre, comme si c'était elle qui avait sorti ce coup et pas moi). J'adore cette épée.

La dernière phrase était presque incompréhensible, prononcé sur le ton d'une déclaration d'amour à l'intention de mon arme que je pensais pourtant connaître, depuis le temps. Je me dirigeai vers Tonneau et lui subtilisai la bouteille. Bon sang, il faudrait encore avancer vers mon adversaire pour lui donner... Le trajet me semblait interminable ! Alors, je commençai à balancer le bras. À la une, à la deux, à la trois ! La bouteille vola vers l'une des Thae qui se tenait devant moi, et j'observai son vol comme si je m'attendais à ce qu'il lui pousse des ailes.
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In wine there is wisdom, in beer there is Freedom, in water there is bacteria [Ft. Cassydie], par Invité ► 12/6/2018, 19:34 ►
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L’adversaire de la chevalière ne se fit pas prier. A peine eut-elle lancé cette petite invitation à la bataille que Cassydie déposa la bouteille de cidre sur le tonneau qui lui servait à présent de meilleur ami et d’appui. Il faut dire qu’elle chancelait sacrément, peut-être même plus que son acolyte, après avoir goûté à plusieurs gorgées de la bouteille qu’elles avaient acheté à la taverne. Thæ éclata de rire en entendant la jeune femme lui demander de rester en place.

— Je suis sûre que tu ne me toucherais pas, même immobile, affirma-t-elle comme pour mettre la rousse au défi.

Cette dernière gloussa, et tangua un instant, avant de se concentrer. Ou du moins, d’adopter une attitude ressemblant vaguement à de la concentration. La chevalière se plia en deux en voyant la mine sérieuse de son adversaire, dont la tête penchait dangereusement. Puis, sans prévenir, elle s’élança l’épée en avant, courrant vers l’autre jeune femme. Celle-ci y laissa une mèche de cheveux, mais s’écarta à temps pour voir filer Cassydie derrière elle. Mais la rouquine ne s’arrêta pas là, et accentua la violence de ses coups, abattant sans ménagement son épée avec la ferme intention de toucher la chevalière, qui blêmissait en sentant le tranchant de la lourde lame rebondir parfois sur les pavés à côté de ses pieds. Elle choisit de se contenter d’esquiver mais… comment dire ? N’importe quel stratège ou maître des armes serait incapable de mener un combat, défensif ou non, alors ce n’était pas la peine de compter sur les compétences de Thæ, qui étaient restées à l’auberge en début de soirée. Ainsi, la feinte de son adversaire la prit de court, et elle se retrouva incapable d’éviter le coup de Casssydie, qui entailla sa cuisse.

Sentant les larmes lui monter aux yeux, la jeune femme aux cheveux blancs regarda son adversaire, en articulant d’une voix vibrante :

— Mais c’était tout neuf ! Moi j’aime pas ton épée !

Après cette réplique digne d’une enfant de six ans, elle renifla un bon coup, dans un mélange de ravalement de larmes et de dédain, pour ensuite lever sa main en direction de la rousse, et lui intimer par un geste avide de lui donner la bouteille. Un grand sourire étirait maintenant son visage. Elle était ravie de cette cuite, qui se révélait de plus en plus amusante, et ne sollicitait pas trop ces neurones. Elle pouvait innocemment continuer à boire, sans crainte de révéler des secrets d’Etat, et cela lui donnait une impression de légèreté qui la rendait euphorique.

Mais la chevalière n’avait pas prévu la suite. Oui, elle avait vu Cassydie se trainer jusqu’au tonneau comme une vieille fumeuse de 90 balais pour empoigner la bouteille d’un geste mou. Oui, elle avait observé avec des yeux de merlan frit la trajectoire de la bouteille dans sa direction. Celle-ci dessina une cloche parfaite, et Thæ, plutôt que d’esquiver, se pris pour une joueuse de volley professionnelle, avec la ferme intention de renvoyer la passe, sur un coup de tête, à l’autre joueuse.

Elle étendit donc ses bras, après avoir lâché ses dagues, et joignit ses poignets comme pour renvoyer un solide smash. Bien entendu, cela ne fonctionna pas. Ou plutôt, à moitié. Lorsque la bouteille retomba, la chevalière entendit clairement le son du verre contre ses os de mains, mais ne sentit aucune douleur, comme si l’alcool l’avait droguée ou anesthésiée - ce qui est finalement presque la même chose. Par contre, comme elle avait levé ses mains pour renvoyer la “balle” de fortune, le rebond de cette dernière lui arracha un cri. Elle se l’était envoyée en pleine figure, et s’écroula à terre.

Quelques minutes s’écoulèrent silencieusement, la chevalière ne bougeant plus, clouée au sol par la douleur. Puis un rire s’échappa de sa colonne vertébrale, interrompu par des gémissements de douleur et des hoquet, ce qui soulevait la cage thoracique de la jeune femme à un rythme irrégulier. Pourtant, même K.O., elle eut la force de débouchonner la bouteille pour s’en abreuver, oubliant qu’il ne faut jamais boire allongé. Aussi, elle s’étouffa, se relevant miraculeusement sur ses deux jambes d’un bond, pour mieux cracher ses poumons.

Pour se consoler, elle but à nouveau, à grandes goulées, dans la malheureuse bouteille, puis lâcha un soupir de satisfaction. la chevalière ne donnait pas cher du pitoyable spectacle qu’elle offrait : une trace rouge lui brûlait le visage et ses cheveux étaient complètement désordonnés. Dire qu’elle représentait Falias, heureusement qu’elle était assez saoul pour oublier ce léger détail, et ne pas s’inquiéter pour sa réputation.

En essayant de se donner une légère contenance, Thæ lissa d’une main tremblante son vêtement, désormais plus gris que blanc, et fixa Cassydie. Quelque chose n’allait pas. Elle fronça les sourcils en entendant un “plic ploc” tout proche d’elle. Baissant la tête vers ses pieds, elle constata avec effroi que son nez saignait, et lança la bouteille à sa compagne de galère, d’une passe droite étonnamment précise. Elle siffla entre ses dents et déchira un bout de tissu là où la lame de la rousse l’avait entaillée. D’une main, elle maintenait son arête en place, et de l’autre appliquait la toile pour interrompre le saignement.

Elle darda ensuite un regard amusé vers Cassydie, et s’avança vers elle. Là, elle la frappa fort à l’épaule, dans un geste amical que l’alcool et la fatigue avait rendu violent, en s’exclamant :

— Je crois qu’on va en rester là pour le moment : qu’est-ce que tu dis d’une égalité ?

Tant mieux si l’autre acceptait. Mais dans le cas contraire, Thæ n’hésiterait pas à prendre les armes à nouveau, histoire de ne pas perdre face à l’autre jeune femme.
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In wine there is wisdom, in beer there is Freedom, in water there is bacteria [Ft. Cassydie], par Invité ► 17/6/2018, 11:09 ►
Je continuais d'observer la bouteille volante avec une telle fascination que je ne fis pas attention à la pose que prenait mon adversaire. Je m'en rendis compte uniquement lorsqu'elle réceptionna le cidre avec ses mains puis avec sa tête. Aoutch, ça devait faire mal. Je mimai une grimace de douleur en imaginant ce que ça devait faire de recevoir une bouteille en verre dans la figure, puis vis Thae s'effondrer sur le sol, sonnée. Je l'observai un instant, attendant qu'elle se relève. Mais elle ne se relevait pas. Je laissai échapper un petit gloussement : on pouvait mourir de manière aussi stupide ? Elle n'était pas morte au moins ? Ah non ! Elle avait pas intérêt ! La peur me dégrisa rapidement et je quittai l'appui du tonneau pour m'approcher en tanguant du corps inerte de la jeune femme.

- Thae ?

Pas de réponse. Je touchai le potentiel cadavre du bout du pied et attendis une réaction. Rien. Je sentis mes yeux s'humidifier et des larmes menacèrent bientôt de dévaler le long de mes joues. Mon épée m'échappa des mains et heurta le sol dans un bruit métallique. J'avais tué Thae ! Mais je ne voulais pas, c'était juste un jeu ! Je n'aurais jamais pensé qu'une bouteille puisse tuer quelqu'un, sinon je ne l'aurais pas achetée !

Soudain, un miracle se produisit : la cadavre rigola. J'observai la scène avec des yeux ronds comme des billes, me disant que j'avais peut-être trop forcé sur l'alcool ce soir pour avoir de telles hallucinations. Et celles-ci ne s'arrêtèrent pas là puisque la défunte but une gorgée de cidre (ou, du moins, tenta) avant de se redresser d'un bond. Surprise, je reculai pour aller chanceler vers Tonneau qui m'attendait sagement à sa place. S'il n'avait pas été là, j'aurais sans doute perdu l'équilibre une nouvelle fois. Aaaaah, Tonneau. T'es vraiment un baril en or.

La chevalière donnait vraiment l'impression d'être revenue d'entre les morts : entre ses cheveux ébouriffés, le sang qui maculait son vêtement désormais grisâtre, et le trait rouge qui coulait de son nez, quiconque aurait pensé qu'elle venait de se battre contre un ours. Un ours armé d'une bouteille. D'ailleurs, cette dernière vola droit dans ma direction, provoquant en moi une crise de panique incontrôlable. Elle avait défiguré Thae et désormais, elle voulait s'en prendre à moi. Dans un réflexe de survie incroyable, je bondis sur le côté et évitai la projectile qui se fracassa sur Tonneau, répandant sur mon ami en bois le liquide doré, cause de tous nos problèmes.

La revenante, une fois ses blessures bandées, s'avança vers moi comme si rien ne s'était passé et me salua d'une tape sur l'épaule. Je n'eus pas le réflexe d'esquiver l'attaque (qui n'en était d'ailleurs pas une) et encaissai la frappe qui me fit chanceler une nouvelle fois. Après quoi ma partenaire proposa d'arrêter là le combat. Pour toute réponse, je me jetai dans ses bras et l'enlaçai avec force, de grosses larmes obstruant mon champs de vision : elle ne se rendait pas compte qu'elle venait d'échapper à la mort. La tête sur son épaule, je déballais mes excuses dans un flot incompréhensible de sanglots et de marmonnements :

- Je suis désolée, je voulais pas te faire mal. Mais la bouteille... et puis l'épée et puis... ? C'est ma faute si t'es comme ça, je..., je...

Impossible de terminer la phrase, ma peine était trop grande. Je m'accrochais à la chevalière, de peur de la perdre à nouveau mais également pour me permettre de tenir sur mes deux jambes. J'étais dans un état pitoyable, renvoyais l'image d'une gamine qui pensait avoir perdu sa meilleure amie, une petite Cassydie en larme qui n'arrivait pas à se résonner. Je finis par relever la tête vers Thae pour la regarder dans les yeux :

- Oui, on arrête-la. Je veux plus me battre.
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In wine there is wisdom, in beer there is Freedom, in water there is bacteria [Ft. Cassydie], par Invité ► 9/7/2018, 21:52 ►
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Comme étouffée, la voix de Cassydie lui parvenait difficilement. Thæ semblait sombrer dans les méandres d’une inconscience renforcée par la dose d’alcool qu’elles avaient ingéré l’une comme l’autre. Elle resta un moment allongée sur les pavés, trouvant soudain le sol très confortable. Elle n’avait pas entendu le verre se briser, et en déduisait donc dans un élan de lucidité que la bouteille était toujours intacte et cette idée dessinait un léger sourire ivre sur ses lèvres. Une douleur atroce lui traversait le crane. Elle ne doutait pas qu’une bosse de la taille de sa main ne manquerait pas de se former sur son front. Elle aurait l’air malin, le lendemain, pour rentrer à Falias. La chevalière ressentit le pied de son amie contre sa peau comme un véritable coup de massue et grogna faiblement, émergeant peu à peu de son inconscience.

La réaction de Cassydie la surprit quelque peu : elle ne s’attendait pas à une crise de larme, imaginant l’autre plutôt éclater de rire face à sa chute. Thæ se redressa pourtant sur ses deux pieds, quoique chancelante, sous le regard visiblement halluciné de la jeune femme.

Tout n’était pas encore totalement clair dans l’esprit de la chevalière, mais elle était sûre d’une chose : elle ne voulait plus se battre et n’était de toutes manières plus en conditions de le faire, comme elle l’avait fait comprendre à son adversaire, qui tombait finalement d’accord avec elle, depuis son tonneau.

Cassydie s’avança vers elle et s’appuya sur ses épaules pour ne pas perdre l’équilibre, ce qui fit glousser la chevalière. Cependant, elle osa un regard attristé par-dessus l’épaule de sa compagne, et constata la mort de leur bouteille.

— Mais t’as cassé la bouteille ! s’exclama-t-elle en parvenant au baril pour s’y agripper à son tour, même si, concrètement, c'était elle qui l'avait lancée. On boit quoi, maintenant ? ajouta-t-elle d’un air dépité.

Thæ posa une main solennelle sur l’épaule de la jeune femme et continua d’un ton sérieux entrecoupés de gloussements et de hoquets d’ivresse.

— C’est pas ta faute, faut pas pleurer. T’sais j’en ai vu d’autres. A Falias, on se bat avec des ours et des brigands, j’ai l’air d’une brindille mais chuis résistante, t’en fais pas va ! C’pas une bouteille qui va me tuer.

Elle ponctua ses paroles - loin de son vocabulaire diplomatique habituel - d’un rire franc. Tout cela n’était qu’à moitié faux et elle s’était effectivement déjà retrouvée face à un ours aux airs effrayants. Elle n’était pas prête de mourir, du moins, pas encore. Cela dit, son nez, lui, venait de s’en prendre une belle et ne semblait pas s’arrêter de saigner. Elle jura contre le tonneau et pressa plus fortement le tissu de son vêtement contre la victime de la bouteille. Finalement, l’hémorragie ne dura que quelques minutes, mais elle ne pouvait en dire autant que la bosse qui lui brûlait le front. Pathétique.

Dans son champ de vision se trouvait le tonneau. Le beau, fier et loyal tonneau. Laissant Cassydie retrouver seule son équilibre, Thæ s’y précipita d’un pas chancelant. De là, elle observa la jeune femme avec un air de défi, et lui lança :

— On va régler ça au bras de fer : pas d’armes, pas de bobo, pas besoin d’être sobre, et l’tonneau peut nous servir de table, c’pas beau ça ? A croire qu’il a été construit pour nous !

Sa manière de parler faisait penser à un alcoolique cinquantenaire à la bedaine proéminente, mais elle n’en avait rien à faire, car les seuls gens qui erraient sur les quais à cette heure-ci étaient dans le même état qu’elles.

— Je sais ! S’exclama-t-elle soudain, faisant signe à sa compagne de beuverie d’approcher avant de continuer : on joue au bras de fer qui achète la prochaine bouteille…

La chevalière lança un regard plein de défi à Cassydie, avec un sourire tout aussi provocateur, et ajouta l’air de rien :

— A moins que tu ne tiennes plus et que tu roules déjà sous l’tonneau ?

Thæ éclata de rire en attendant la réponse de son amie. Quelque part, elle craignait quand même de finir arrêtée pour ivresse sur la voie publique, si elles devaient retourner en ville. Cela dit, il faudrait déjà qu’elles y parviennent, ce qui n’était pas chose facile dans ces conditions.
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In wine there is wisdom, in beer there is Freedom, in water there is bacteria [Ft. Cassydie], par Invité ► 11/7/2018, 21:22 ►
L'alcool rendait la moindre émotion trois fois plus intense, aussi bien la tristesse que la joie, au point que je peinais à ravaler mes sanglots. Seul le cri de Thae à quelques centimètres de mon oreille me fit sortir de ma torpeur : la bouteille ? Quelle bouteille ? Je me détachai de mon amie pour suivre son regard. Malgré l'obscurité, on pouvait clairement discerner  les morceaux de verre éparpillés sur le sol. Le projectile semblait bien moins menaçant sous cette forme. Je gloussai légèrement à cette idée, ce qui eut le bénéfice de me faire oublier la frayeur de tout à l'heure. Malgré les protestations de mon adversaire, la culpabilité ne trouva pas sa place dans mon esprit encore troublé par la soit-disant mort de mon amie. Celle-ci me rassura d'une tirade qu'il me fallut quelques secondes à comprendre. Il était questions d'ours et de brindilles je crois... Bon sang, qu'est-ce que Falias pouvait me manquer ! J'imitai Thae en répondant à son rire avant d'essuyer mes larmes avec ma manche où se mélangeaient crasse et sang. Ma chemise était foutue... Je jetai un œil à la blessure qui saignait toujours, grimaçai et entreprit de fabriquer un bandage. La manche déjà tachée ferait parfaitement l'affaire ! De toute manière, au point où j'en étais, je ne serais jamais capable de la laver...

Je déchirais le morceau de tissu et le serrai autour de la plaie avant de relever la tête vers la jeune femme qui se précipitait vers mon tonneau. Ce dernier montait en grade au fil de la soirée, passant de simple assemblage de bois à une table sur laquelle se disputerait bientôt un bras de fer. Encore quelques heures et il finirait roi des quais si ça continuait comme ça. Mais pas le temps de penser à la prochaine augmentation du baril : j'avais un défi à relever ! Surtout un défi lancé sur ce ton. Je m'approchai en prenant garde de ne pas m'emmêler les pieds et pris un air exagérément sûr de moi.


- Je ne refuse JAMAIS un défi. Je pourrais même mourir en en relevant un.

Mon affirmation avait du réveiller tout le quartier (si ce n'était pas déjà le cas) et je pris place face à mon adversaire, coude sur le tonneau qui m'avait supporté toute la soirée.

- En plus, je suis super forte au bras de fer, encore plus forte qu'à l'épée. C'est même ma spécialité. J'ai déjà battu des gars avec des bras gros comme des pastèques, fait morde la poussière à un type aussi fort qu'un ours, et à d'autres bien plus impressionnants que toi. Alors prépare-toi à acheter la prochaine bouteille.

Je lui renvoyai son sourire provocateur et attendis sa réaction. J'espérais qu'elle soit impressionnée. Mais entre les gloussements et les marmonnements, je doutais fortement que mes fanfaronnades aient l'effet souhaité. Je m'étais peut-être vantée un peu trop vite, d'autant plus que je n'étais pas si forte que ça au bras de fer. Je ne pouvais cependant pas me permettre de perdre, l'enjeu était trop grand : une bouteille toute neuve qui ne risquerait pas de tuer l'une d'entre nous.

Paume en avant, j'attendais que Thae prenne place pour que le défi commence. Heureusement que mon bras blessé n'était pas celui dont je me servirais pour relever le challenge, la partie n'aurait pas été équitable. Pendant que la jeune femme s'installait, je marmonnai :

- Puis je peux pas perdre, je pourrai pas acheter la bouteille. J'ai plus de sous...

Mon rire résonna dans la rue vide.
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In wine there is wisdom, in beer there is Freedom, in water there is bacteria [Ft. Cassydie], par Invité ► 6/8/2018, 09:13 ►
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Visiblement la nouvelle amie de la chevalière devait être tout aussi ivre qu’elle, si ce n’est plus. Passant d’une tristesse digne du deuil d’un proche à des gloussements peu délicats, Cassydie accepta le défi de Thæ. Avant, elle pansa ses blessures avec un tissu déchiré à la hâte dans son vêtement. Vraiment, elles n’avaient l’air de rien : ébouriffées, les joues rougies, du sang un peu partout et les vêtements déchirés, elles donnaient presque l’impression d’être des bandits sortant d’une guerre de bande assez inégale.

— Euh, oui, mais on va éviter de mourir, hein ? grimaça Thæ en repensant à sa chute, tout en se massant son crâne douloureux.

Après un léger temps de réflexion, la chevalière posa une question presque sérieuse à son interlocutrice :

— Eh, Cass-ydie… c’pas condamné d’être ivre sur la voie publique, à Bara ? J’veux dire, ‘faudrait pas que je me fasse arrêter quoi, ce serait un poil problématique, tu vois ?

Gloussant à cette idée, un grand rire partit du fond de sa gorge alors que l’intéressée s’approchait du tonneau en titubant. La scène était mémorable et Thæ déplorait intérieurement, d’avance, le moment où elle devrait se réveiller pour retourner à Falias.

Ravie, la jeune femme resta un moment pensive, réfléchissant aux derniers propos de sa camarade de beuverie. Effectivement, si elle était fauchée, elles n’iraient pas très loin.

— Mais t’as vraiment tout perdu au jeu ? Ralala t’es pas douée quand même, railla Thæ.

Haussant les épaules avec un sourire en coin, elle marqua une pause avant de continuer :

— Vu que tu ne vaux rien à l’épée, j’espère bien que tu es plus forte au bras de fer, mais j’attends de voir ça, la provoqua la chevalière avec un sourire puéril.

En réalité, cette affirmation de la surprenait même pas. Elle savait par la renom que Cassydie avait un caractère à toute épreuve et une trempe d’acier. Quelque part, les deux jeunes femmes avaient bien des points en commun.

De toute manière, si elles voulaient boire, Thæ n’aurait d’autre choix que de payer. Sous ses airs de défis, c’est plus l’amusement que le gain qui la motive. Il faut dire que même si les auberges de Falias sont animées, la chevalière ne pourrait jamais sortir de son rang comme elle le fait maintenant. Autant profiter de la soirée pour faire le plein de bons souvenirs, même si cela implique une atroce gueule de bois lors du trajet de retour du lendemain.

— Tu as peut-être affronté des pastèques, mais c’est rien à côté d’un soldat de l’hiver que je suis, articula Thæ entre deux hoquets, faisant des raccourcis révélateurs du cheminement confus de ses pensées.

Réfléchissant à la manière de s’amuser le plus longtemps avec cette activités provisoire, elle s’installa en face de Cassydie, saisissant la poigne de la jeune femme, qu’elle pressa légèrement.

— On fait un match en trois manches ? proposa-t-elle. Ou cinq ?

Trois est un bon chiffre : cela permet de départager rapidement le vainqueur du perdant. Mais cinq permet plus de suspens. La chevalière ayant décidé du duel, elle laissait à sa compagne le choix du déroulement de ce dernier.

Se redressant, elle pris appuis sur ses pieds et son bras libre, cherchant à trouver une posture stable, ce qui n’était pas du tout évident au vu de son état d’ébriété avancée. Sifflant entre ses dents, elle parvint après plusieurs secondes de gesticulations à trouver une position à peu près valable.

Son regard alternant entre celui de Cassydie et leurs mains, Thæ commença le décompte. 3, 2, 1. A 0, elle mit toute sa force dans sa poigne pour résister à la pression de son amie, le tout avec un cri guerrier.


Les dés:
 
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In wine there is wisdom, in beer there is Freedom, in water there is bacteria [Ft. Cassydie], par Invité ► 9/8/2018, 20:53 ►
L'inquiétude de mon amie me faisait rire. Arrêté pour ébriété sur la voie publique, à Bara ! Ça serait fort quand même... Oui, il pouvait arriver que des gardes arrêtent les fêtards trop brouillants, mais pas à cette heure-ci. Il était encore tôt... Non, attends, le soleil était couché depuis longtemps ? Mince ! Quelle heure était-il ? Je gloussai une nouvelle fois :

- Ce serait drôle de nous faire arrêter, haha. Mais on va éviter aussi...

Une fois installée, je réfléchis à la question de Thae. Tout perdu au jeu... Ca semblait si loin désormais. Une autre Cassydie avait joué à ma place, un autre siècle, avec son argent à elle, quand elle ne prévoyait pas encore de se saouler sur les quais avec une ancienne connaissance.

- Mais je croyais qu'il bluffait ! Comment je pouvais savoir qu'il avait quatre rois dans sa main !

Je n'avais jamais été très douée aux jeux, mais je ne pouvais pas m'empêcher d'y jouer. L'excitation, la peur de tout perdre sur un présentiment, je n'avais jamais connu ça ailleurs. Seuls les duels d'escrime procuraient une sensation semblable, mais jouer aux cartes faisait moins mal qu'un coup d'épée dans le bras. Je tapotai les poches de mon pantalon, espérant entendre le doux tintement des pièces de monnaie à l'intérieur. Ce bruit provint de ma poche arrière gauche, mais je craignais fort que mon butin ne soit bien maigre : quelques Caelis, 6 tout au plus. De quoi payer un verre ou deux, mais pas une bouteille ! La provocation de la chevalière me sortit de mes comptes et j'affichai une expression profondément outrée. Très bien ! Elle allait voir ce que coûtait de provoquer une Borden ! Coude sur le baril, je saisis la main que Thae me tendait, fixant mon adversaire dans les yeux.

- Cinq manches, finis-je par trancher en désignant trois doigts de mon autre main.

Cela résumait assez bien la situation : mon corps et ma tête n'arrivaient plus à se coordonner, pour absolument rien. Je me pliai de rire, manquant de m'assommer sur mon ami le tonneau. Cette soirée était la meilleure de ma vie ! À quand la prochaine ?

3, 2, 1... Le combat commença. Chacune mettait toute sa force pour contrer celle de l'autre, serrant les dents sous l'effort, espérant voir les mains pencher du côté favorable. Mon bras tremblait sous l'effort mais cela se révéla payant : lentement, je gagnais du terrain. Une dernière attaque et le dos de la main de Thae toucha le bois. Je poussai un cri victorieux avant de relâcher la main de mon amie :

- Et voilà ! Alors, la guerrière de l'hiver ? Pas trop dégoûtée de t'être fait battre par une nordiste ? Ha !

J'agitai mon bras pour en évacuer la fatigue, comme si ça pouvait changer quelque chose. Car il ne fallait pas oublier que je venais remporter une victoire et non la guerre. Il me fallait encore gagner une... ou deux autres manches (en combien ça se jouait déjà ?)... Un peu plus loin, un groupe de fêtards, tout aussi éméché que nous, avançait dans notre direction en riant et criant comme s'ils étaient seuls dans la rue. Mais je me fichais de leur comportement, ce qui m'importait se trouvait dans leurs mains. Des bouteilles.

- Thae ! Si je perds, je leur piquerai une bouteille ! Mais bon, ça risque pas d'arriver vu comment c'est parti.

J'avais chuchoté ces quelques phrases. Enfin, "chuchoté" puisque je parlais aussi fort qu'en pleine journée, mais l'intention était là. Sur ce, je me remis en position, coude sur le tonneau, main en avant, prête à saisir celle de mon adversaire. Deuxième round, ding ding !

lancer de dé:
 
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In wine there is wisdom, in beer there is Freedom, in water there is bacteria [Ft. Cassydie], par Invité ► 19/8/2018, 16:11 ►
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J'espère que t'aimes
Ft. Cassydie
En entendant Cassydie lui rétorquer que cela pouvait être amusant de se faire arrêter pour ivresse publique, Thæ fit les gros yeux, mais ne put s’empêcher de se joindre au rire de la jeune femme. Il faut dire qu’à cet état avancé d’ébriété, la perspective de voir les gros titres clamer le scandale provoqué par une émissaire de Falias lui paraissait presque plus risible qu’embêtante.

L’explication peu convaincante que lui servit la luthière au sujet de la perte de son argent ne fit qu’accentuer le rire de Thæ, qui en pleurait maintenant, bien trop amusée d’imaginer Cassydie se tromper face à un as du bluff.

— La prochaine fois je te servirai d’espionne, comme ça on sera imbattables ! lui assura-t-elle en hochant fortement la tête. Cela dit il faut être discret, donc je crois qu’actuellement ce n’est pas possible.

Une nouvelle crise de rire lui fit taper du poing sur le baril. S’imaginer, en présence de l’autre ivrogne, dans un bar, à essayer d’arnaquer d’autre joueur… cela ne pourrait que finir en prison ou en cellule de dégrisement. Dans tous les cas, cette soirée… ou plutôt nuit, risquait de finir par un scandale retentissant.

Le petit ton défiant de Thæ fit rapidement son effet et son adversaire accepta de relever le pari en 5 manches, même si ses doigts ne semblent pas en accord avec ses mots. Cela promettait une rude et longue bataille, dans la mesure où aucune des deux jeunes femmes ne souhaitait perdre, pas tant pour l’achat de la bouteille sinon pour l’honneur mis en jeu dans leur stupide défi.

Le premier affrontement donna l’impression que deux forcenées s’affrontaient. Thæ en vint même à grogner, mais ploya sous la force de la jeune femme. Secouant son poignet, elle lui tira puérilement la langue en entendant sa remarque.

— Gna gna gna, rétorque la chevalière avec une grande maturité, il nous reste qua- trois manches, je te signale ! Je ne m’avouerai pas vaincue avant d’avoir le couteau sous la gorge !

Hurlant presque, elle se rendit alors compte qu’un groupe de personnes s’approchent dangereusement d’elles. Plissant les yeux, sa vision demeurait troublée par l’alcool et elle ne distingue pas leurs visages. En reportant son attention sur Cassydie, elle constata cependant que cette dernière ne préférait pas prêter attention aux bruyants énergumènes à l’autre bout de la rue, concentrée, certainement, sur leur petit duel.

La proposition de la jeune luthière étira un grand sourire sur le visage de Thæ, presque effrayant sous les rayons de la Lune.

— Ça marche, je ferai office de distraction alors ! réfléchit-elle aussi discrètement que son interlocutrice. Rien que pour voir ça j’ai envie de te battre à plate couture ! s’écrit-elle en se mettant en position, sa paume fermement serrée autour de celle de son adversaire.

Prenant soudain conscience de ce qu’impliquait ce vol, la chevalière gloussa en ajoutant :

— Tu sais qu’on va vraiment finir en prison avant le lever du soleil ?

Se fendant d’un nouveau rire, la jeune femme desserre puis resserre sa prise sur la main de Cassydie.

Elle lutta de toutes ses forces, ne cédant du terrain que difficilement, en suant à grosses gouttes et en suant comme un bœuf, mais rien n’y fit : elle perdit lamentablement. Heureusement, si elle remportait la prochaine manche, elle pouvait encore avoir de l’espoir… mais trois victoires consécutives pour Cassydie signifieraient sa la fin de la partie et la défaite pour Thæ.

Cette dernière serra les dents en pesant contre elle-même et contre l’alcool, arguant que le tonneau était inconfortable et qu’elle avait les coudes sensibles. Le fait est qu’il leur fallait recommencer, malgré les échardes qui se plantaient dans leur chair et la dureté du bois.

Soupirant en priant pour sa victoire, la chevalière avala bien vite sa défaite en surveillant du coin de l’œil le groupe de fêtards éméchés. Il ne fallait pas qu’ils s’éloignent si elles voulaient leur dérober leurs bouteilles !

Thæ se remettant en position, elle invita Cassydie à faire de même.

— Allez, ne laissons pas ces bouteilles s’enfuir ! s’exclama-t-elle.

Elle attendit que son adversaire obtempère pour commencer le décompte. Elle ne s’avouera pas vaincue avant d’être confrontée à la vraie défaite !


Les dés ::
 

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